Étude d'impact sur le bassin du Mackenzie
L'Étude d'impact sur le bassin du Mackenzie (ÉIBM) a évalué les impacts éventuels du réchauffement mondial sur les régions et les habitants d'une grande étendue nordique du Canada. Cette étude en coopération d'une durée de six ans représentait une des premières tentatives d'évaluation régionale intégrée des changements climatiques. Le chef de projet était Stewart Cohen, qui travaille actuellement pour le Division de la recherche sur l'adaptation et les répercussions d'Environnement Canada à l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver.
Le cadre de travail de l'ÉIBM a été élaboré en deux phases distinctes. Premièrement, la phase préalable à la recherche, de 1989 à 1992. Deuxièmement, la phase de la recherche et de la consultation, de 1992 à 1997, durant laquelle les chercheurs et les intéressés ont échangé leurs points de vue sur les questions tant scientifiques que politiques spécifiques de la région du Mackenzie. Le rapport intérimaire no 1 fut produit en mars 1993 et un atelier a eu lieu à Yellowknife à la mi-étude, soit en avril 1994. Les principaux chercheurs participant à l'étude et les habitants du bassin ont échangé leurs connaissances et évalué les progrès réalisés dans les divers domaines de l'étude. Le rapport intérimaire no 2 a été publié en novembre 1994.
L'atelier final de l'ÉIBM s'est tenu à Yellowknife en mai 1996. Plus de 100 personnes y ont participé, entre autres des chercheurs et des groupes intéressés, tant de la zone étudiée que d'autres parties du Canada, ainsi que des scientifiques américains, européens et australiens. Un indicateur de l'intérêt suscité internationalement par l'ÉIBM : la décision prise par l'International Arctic Science Committee (IASC) de se servir de l'ÉIBM comme modèle pour des études intégrées analogues sur les impacts régionaux, à savoir les études d'impact sur la mer de Barents (BASIS) et la mer de Béring (BESIS).
Le rapport final de l'ÉIBM a été publié en juin 1997; il s'agit d'un document technique de 400 pages contenant :
- des résumés des évaluations des impacts climatiques sur les terres, les voies d'eau, les forêts, les animaux, l'économie et les communautés;
- des versions abrégées des tables rondes avec les intéressés des régions;
- des contributions prises dans des études réalisées dans d'autres pays;
- des déclarations des représentants gouvernementaux.
Les résultats de l'Étude d'impact sur le bassin du Mackenzie (ÉIBM) indiquent qu'un réchauffement engendrerait une augmentation des glissements de terrain par suite du dégel du pergélisol, une augmentation des feux de forêts, une réduction des niveaux d'eau minimum en période d'étiage et un déplacement vers le Nord de l'écosystème boréal. Les groupes intéressés ont indiqué que l'adaptation est possible si ces changements sont lents et prévisibles, mais des changements soudains seraient plus difficiles à affronter.
Il se peut que les changements climatiques mettent les modes de vie traditionnels en danger, mais ce nouveau défi devra être relevé en tenant compte d'autres facteurs. La croissance de la population et les changements économiques et institutionnels influeront sur la sensibilité et la vulnérabilité du Nord aux changements et à la variabilité climatiques. Ils influeront aussi sur la réaction des régions et des pays à la perspective d'un phénomène pouvant affecter leur climat à l'échelle mondiale quelles que soient les mesures qu'ils pourraient prendre individuellement. Toutefois, comme il y a maints intéressés, ils peuvent tous contribuer à la solution du problème. On a tendance à supposer que seuls les gouvernements nationaux peuvent agir sur les changements climatiques, mais ils ne s'agit que d'un groupe parmi tant d'autres. Le rapport final de l'ÉIBM comporte un certain nombre de recommandations :
- les gouvernements devront tenir compte des changements climatiques dans les accords de gestion des ressources naturelles (entre autres, les eaux et les forêts) et encourager et supporter les programme d'archivage et de contrôle basés sur les communautés;
- les communautés devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, participer aux programmes de contrôle et soutenir la formation sur l'adaptation aux changements climatiques;
- les industries du secteur privé -- par exemple, la foresterie, les transports, les mines, la construction ainsi que les sociétés pétrolières et gazières -- devront tenir compte des changements climatiques dans leur recherche, leur planification et leur conception de projets tels que les pipelines, les barrages et les bassins à résidus;
- les chercheurs devront introduire les connaissances traditionnelles dans les bases de données, envisager des scénarios allant au-delà d'un redoublement des concentrations de gaz à effet de serre, se servir des institutions régionales pour coordonner le contrôle et l'archivage, et présenter des rapports en anglais de tous les jours.
Les cadres juridiques, les plans d'élaboration, les infrastructures et les modes de vie ont généralement été créés en faisant implicitement l'hypothèse que le climat ne changerait pas de toute leur existence. Cependant, il est impossible de prendre pour acquis la stabilité climatique future. Il faudra des visions à long terme pour solutionner la question des changements climatiques d'une façon holistique. De nouvelles questions se posent, non seulement quant à l'adaptation aux variations et aux extrêmes climatiques, mais aussi quant à la relation plus vaste entre le « réchauffement mondial », les changements environnementaux à l'échelle mondiale (croissance de la population, biodiversité) et la durabilité. Voilà bel et bien un défi qui nous concerne tous.
Il existe un résumé des résultats de 20 pages, en anglais et en français.
The MBIS Final Report is available in English electronically (9.4 MB pdf) or in hard copy at a variety of libraries throughout Canada.