Étude d'impact sur le bassin du Mackenzie

RAPPORT FINAL : Résumé des résultats

Bassin du fleuve Mackenzie

Stewart J. Cohen
Environnement Canada et
Université de la Colombie-Britannique
Vancouver (C.-B.)

avec la contribution de :



Collaborateurs de l'ÉIBM

Parrain

Autre appui financier direct

Contributions en nature

Appui des communautés, Territoires du Nord-Ouest

Autres collaborateurs des sous-études


Table des matières

1. Introduction

2. Résultats des recherches

3. Discussions en table ronde : réactions des intervenants

4. Conclusion

Remerciements


1. Introduction

1.1 Objectifs

Le présent document est le rapport final de l'Étude d'impact sur le bassin du Mackenzie (ÉIBM), projet coopératif de recherche d'une durée de six ans, qui a été entrepris en 1990 avec l'appui du gouvernement canadien, du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, de B.C. Hydro, de l'université de Victoria, d'Esso Ressources Canada Ltée et d'autres organismes. L'étude avait pour objet d'examiner les effets d'un éventuel changement climatique sur le bassin du Mackenzie, ses terres, ses eaux et les communautés qui en dépendent.

L'historique de l'étude remonte à 1988. Lors de la Conférence mondiale sur l'atmosphère en évolution, à Toronto, les scientifiques ont averti les gouvernements de toute la planète que le climat pourrait subir des changements, du fait de la hausse des concentrations de dioxyde de carbone et autres gaz à effet de serre. À l'époque, le gouvernement du Canada venait de terminer son premier plan d'action environnemental (le Plan vert), qui comportait trois stratégies face au changement climatique :

On a vu à quel point l'étude venait au bon moment lors du Sommet de la Terre, à Rio de Janeiro en 1992, pendant lequel le Canada a signé la Convention-cadre sur les changements climatiques. Le pays s'y engageait alors à stabiliser d'ici l'an 2000 les émissions de gaz à effet de serre aux niveaux de 1990. Quatre ans plus tard, au printemps de 1996, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), créé par les Nations Unies, arrivait à la conclusion que les récentes variations du climat ne pouvaient pas être imputables aux seules forces naturelles. Le GIEC précisait que, si les concentrations de dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre continuaient d'augmenter, le climat de la planète connaîtrait un réchauffement.

Le bassin du Mackenzie est l'une des trois régions du Canada choisies par les scientifiques pour cadre d'une étude détaillée, les deux autres étant les Prairies et le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent.

Le bassin du Mackenzie a été retenu comme étude de cas parce qu'on pouvait y examiner une région nordique (latitudes élevées) présentant des écosystèmes fragiles et une vaste population autochtone qui avait conservé son mode de vie traditionnel. Les questions qui se posaient étaient les suivantes : De quelle manière une économie basée sur les ressources naturelles et sur une culture nordique fera-t-elle face à un changement climatique? Comment pourra-t-elle s'adapter à des changements que l'on prévoit être les plus significatifs du monde?

De fait, on a déjà remarqué des indices d'un réchauffement dans le bassin du Mackenzie. Cette région, qui englobe des parties du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, ainsi que le nord de la Colombie-Britannique, de l'Alberta et de la Saskatchewan, s'est réchauffée de 1,5°C au cours du présent siècle. Les scénarios de changement climatique, qui reposent sur les résultats expérimentaux des modèles de circulation générale de l'atmosphère, laissent penser que la région pourrait se réchauffer de 4 à 5°C entre la période de référence 1951-1980 et le milieu du XXIe siècle.

Ce rapport s'adresse aux gouvernements, aux communautés, aux chercheurs et au secteur privé, ainsi qu'à tous ceux (particuliers et organismes) qui s'intéressent au changement climatique dans cette région. Il présente les risques de dommages repérés au cours de l'étude et formule des recommandations pour l'avenir.


1.2 Quatre conclusions marquantes

De cette tâche énorme, des années de recherche et des heures de discussions parfois véhémentes, on peut faire ressortir quatre grandes conclusions.

  1. Effets sur les terres
    Pour la plus grande partie, les effets régionaux des scénarios de changement climatique ne sont pas bénéfiques. On y retrouve une baisse des niveaux minimums dans les cours d'eau de la région, une augmentation de l'érosion due à la fonte du pergélisol, un accroissement du nombre de feux de forêt et de glissements de terrain, ainsi qu'une réduction du rendement forestier. Cela sera probablement suffisant pour annuler tout avantage qu'offrirait l'allongement de la saison de croissance. Certains de ces changements ont d'ailleurs déjà été constatés pendant la tendance au réchauffement des 35 dernières années.
  2. Effets sur les communautés
    La plupart des intervenants consultés ont déclaré que la région pourrait s'adapter si les changements survenaient lentement. Mais, si le réchauffement est rapide, l'adaptation sera beaucoup plus difficile. Si le changement climatique induit des modifications de la faune et de la végétation, les modes de vie autochtones pourraient être mis en péril. Les effets d'un changement climatique à long terme sur les communautés seront cependant régis aussi par d'autres facteurs, dont les choix de style de vie faits par les populations. Les intervenants ne savaient pas quelle incidence aurait le changement climatique sur l'avenir des deux économies de la région : l'économie basée sur les salaires, caractéristique du sud du Canada, et l'économie traditionnelle, sans salaires.
  3. Rôle des intervenants régionaux
    Un accroissement de la maîtrise locale et régionale des ressources en terres et en eau contribuera à rendre la région moins vulnérable et aidera les populations locales à s'adapter au changement climatique. Cette stratégie ne constituera cependant peut-être pas une réaction efficace au réchauffement planétaire. De même, la réduction des émissions régionales ne suffira pas à empêcher le climat de changer. Si les gouvernements qui ont signé la Convention-cadre sur les changements climatiques n'arrivent pas à ralentir l'évolution du climat, les intervenants régionaux seront peut-être obligés d'intervenir aux niveaux national et international pour informer le reste du monde des effets ressentis dans le bassin du Mackenzie.
  4. Rôle du processus d'intégration
    L'effet d'un changement climatique sur le bassin du Mackenzie n'est pas la simple somme des changements subis par les arbres, le blé, l'eau et le pergélisol. Les gouvernements, les communautés, les industries et les populations devront réagir à la combinaison de ces effets sur les ressources en terres et en eau. Ces réactions seront à leur tour modulées et nuancées par les choix que feront les fonctionnaires, les résidents et les chefs d'industrie face à d'autres questions, comme les demandes de l'économie planétaire, les modes de vie traditionnels et les réalités politiques. Les modèles informatiques sont un des moyens de regrouper ou d'intégrer nombre de parties de cet ensemble, mais ils n'ont qu'une capacité limitée à décrire de quelle manière les régions ou les individus font face au changement climatique ou à d'autres stress. L'expérience de l'ÉIBM laisse penser que l'intégration de l'évaluation exige un partenariat des intervenants et des scientifiques, dans lequel les points de vue sont formulés et respectés, et l'information librement échangée.

1.3 Étapes suivantes

Les chercheurs et intervenants ont formulé un certain nombre de recommandations, dont :


1.4 Commentaires sur l'étude

Un des aspects les plus intéressants de cette étude a été la collaboration de scientifiques issus de nombreuses disciplines et d'intervenants de la région. Bien sûr, il y a eu des problèmes. Au début de l'étude, en 1990, il a été difficile de recueillir la participation active des gouvernements régionaux, des communautés autochtones et des industries. Mais les années suivantes ont vu un accroissement de leur intérêt et de leur engagement.

On a également rencontré des problèmes techniques, tels que l'incompatibilité des bases de données. Et des problèmes de logistique; le Canada étant très vaste, il n'a pas été facile de réunir les gens. Le succès de ce genre de collaboration exige des efforts et une bonne volonté considérables. Dans l'ensemble, toutefois, cette approche unique à une évaluation intégrée a porté fruit.

Au cours de l'étude, les scientifiques et les intervenants sont parvenus à un échange libre d'information entre cultures et disciplines différentes, et ont beaucoup appris les uns des autres. Nous espérons que ces échanges vont se poursuivre longtemps après la publication du rapport et seront un modèle utile pour des études similaires dans d'autres régions du monde.

Les scientifiques, pour leur part, ont pris l'information sur les températures et les précipitations fournie par les modèles du changement climatique et l'ont utilisée pour bâtir des scénarios climatiques destinés à d'autres modèles, comme ceux qui concernent les températures du sol, la vitesse de croissance des forêts et les niveaux des lacs et cours d'eau. Il s'agissait de découvrir quelle évolution l'éventuel changement climatique imposerait aux cours d'eau, au pergélisol et aux habitats de la faune et du poisson, ainsi qu'aux communautés, aux industries et aux modes de vie traditionnels.

Les intervenants, parmi lesquels figuraient des représentants d'organismes autochtones, de collèges, d'instituts, de l'industrie et de tous les paliers de gouvernement, ont été confrontés à des questions telles que : Qu'adviendra-t-il si la planète se réchauffait à cause d'une hausse des concentrations de gaz à effet de serre? Quels seraient les effets régionaux de ce réchauffement? Lesquels pourraient être considérés comme dangereux? Notre avenir et celui de nos enfants en seraient-ils différents? Que pourraient faire les populations des régions et des pays pour se préparer à ces changements ou les éviter?

Ces questions ont été le point de départ de nombreuses discussions tout au long de l'étude. Celle de la possibilité que le changement survienne, posée par les scientifiques, a donné naissance aux scénarios des effets de ce changement. La réponse des intervenants à la question sur les conséquences témoignait de l'importance qu'ils pensent qu'elles auront pour leur vie quotidienne. Leurs réponses à la question concernant les mesures qui devraient être prises couvraient toute la gamme, de réactives à proactives. Cette dernière question était très complexe, n'avait pas de réponses simples, et se compliquait encore du fait de son lien avec le défi que pose la pérennité des écosystèmes et des communautés dans cette région, comme ailleurs. Toutes les discussions tournaient autour de cinq thèmes :


1.5 Le rapport et ses collaborateurs

Le rapport présente un sommaire des actes du dernier atelier de l'ÉIBM, qui s'est tenu du 5 au 8 mai 1996 à Yellowknife. Plus de 100 personnes y participaient, dont des chercheurs et des intervenants de la zone de l'étude et d'autres régions du Canada, ainsi que des scientifiques des États-Unis, d'Europe et d'Australie.

Le rapport principal

Les actes sont publiés séparément, en totalité, sous la forme du rapport principal de l'ÉIBM. Il s'agit d'un gros document technique comportant :

En annexes figurent des réimpressions des premier et deuxième rapports provisoires de l'ÉIBM (publiés respectivement en 1993 et 1994), des déclarations de certains membres des tables rondes, une liste de rapports effectués dans le cadre de contrats et les remerciements.

Le tableau 1 donne la liste des chercheurs principaux qui ont participé et contribué à l'étude. Pour la plupart des projets, il y avait deux chercheurs ou plus. Certains de ces scientifiques et intervenants ont aussi participé à d'autres études effectuées dans la région pendant la même période, comme la Northern River Basins Study, les études techniques sur le delta Paix-Athabasca et l'Expérience mondiale sur les cycles de l'énergie et de l'eau. Les discussions de l'étude ont grandement bénéficié de l'expérience acquise par les scientifiques grâce à d'autres programmes de recherche.

Si le climat de la région continuait à se réchauffer, les ressources en terres et en eaux en seraient affectées. Certains résultats de scénarios constituent une prolongation des changements déjà survenus pendant la présente tendance au réchauffement. Le rythme annoncé par les scénarios peut différer des tendances actuelles, mais il est difficile d'évaluer la rapidité avec laquelle ces changements pourraient se produire.



2. Résultats des recherches

2.1 Ressources naturelles

2.1.1 Eau

Les résultats d'une étude effectuée pour tout le bassin par Soulis et al. (Université de Waterloo, tiré du Rapport provisoire no 2 de l'ÉIBM) prévoient que, si le climat changeait, le ruissellement de la pluie ou de la neige fondue dans les cours d'eau, les rivières et les lacs, diminuerait de sept pour cent, bien que certaines régions du bassin deviennent plus humides. Par exemple, Chin et Assaf (BC Hydro, tiré du Rapport provisoire no 2 de l'ÉIBM) ont projeté une augmentation de six pour cent du ruissellement pour la région du lac Williston, dans le nord-est de la Colombie-Britannique.

En se basant sur les informations fournies par Soulis et al., sur les résultats d'autres études de l'Expérience mondiale sur les cycles de l'énergie et de l'eau, ainsi que sur un modèle des lacs et des rivières du bassin inférieur du Mackenzie, Kerr (Environnement Canada) a mis au point un scénario des changements de niveaux et de débits pour le fleuve, et le Grand lac des Esclaves et le Grand lac de l'Ours. Les résultats montrent que les niveaux et les débits seraient moins élevés pendant les mois d'automne et d'hiver, et que les minimums annuels seraient inférieurs aux niveaux extrêmement bas observés en 1995, ce qui s'explique par le fait que l'augmentation du taux d'évaporation annulerait l'effet de toute augmentation des précipitations.

Autre point notable, selon une étude réalisée par Andres (Trillium Engineering, tiré du Rapport provisoire no 2 de l'ÉIBM), la saison des glaces sur la Rivière de la Paix serait plus courte d'environ un mois.


2.1.2 Terres
Glissements de terrain

Aylsworth et Duk-Rodkin (Ressources naturelles Canada) ont fourni un inventaire de 3 400 glissements de terrain qui se sont produits dans la vallée du Mackenzie et la région côtière de la mer de Beaufort. Bon nombre d'entre eux sont survenus dans des régions de roches sédimentaires contenant de grandes quantités de glace. Des pluies abondantes et des feux de forêts en ont entraîné quelques-uns. Le long de la mer de Beaufort, les tempêtes ont contribué à l'érosion de la côte. L'action des vagues battant contre les rochers a mis à nu des sédiments remplis de glace qui ont alors fondu pendant l'été. Dans certaines régions, la côte a subi une érosion de plus d'un mètre par année.

Vue aérienne d'un glissement de terrain près de Tuktoyaktuk
Glissement de terrain déclenché par un incendie de forêt
Pergélisol

À l'aide d'un modèle de température du sol, Dyke et al. (Ressources naturelles Canada) ont prévu que, dans la zone discontinue (où il y a un peu de sol non gelé), le pergélisol s'amincirait et finirait par disparaître à certains endroits, le long de la limite méridionale de la région -- comme aux environs de Fort Simpson (T. N.-O.). Dans la zone continue (entièrement pergélisolée), la couche active ou couche superficielle mince qui dégèle chaque été n'augmenterait que très légèrement. Le modèle ne tenait pas compte des effets indirects résultant de changements dans le nombre de feux de forêt, de pluies abondantes ou d'ondes de tempête.

Plus au sud de l'Alberta, Majorowicz et Skinner (Northern Geothermal et Environnement Canada) ont montré que les températures de la surface du sol ont monté plus rapidement que les températures de l'air dans une bonne partie de la province.

Végétation

Certains facteurs pourraient causer des modifications dans la végétation, notamment un nombre plus grand d'insectes et de feux de forêts ainsi que l'allongement des saisons de croissance. Hartley et Marshall (Hartley Forest Consultants et l'Université de Colombie-Britannique) ont mis au point le modèle de productivité des forêts du bassin du Mackenzie, destiné aux zones de bois commercial. Ces dernières sont situées principalement dans le sud-est du Yukon et le nord de la Colombie-Britannique et de l'Alberta. Ce modèle a été appliqué à un scénario de réchauffement climatique, qui comprenait un module sur les feux mis au point par Kadonaga (Université de Victoria). Le module calcule l'indice Forêt-météo (une mesure des conditions météorologiques et forestières qui sont importantes pour les feux) en fonction de scénarios de réchauffement climatique. Dans chaque scénario, l'indice Forêt-météo augmentait.

Les résultats indiquaient que, si la gestion des feux demeurait inchangée, le nombre et la gravité des incendies augmenteraient dans la région et le nombre moyen d'hectares incendiés annuellement doublerait. Et même si le taux de croissance des feuillus augmentait, un grand pourcentage d'arbres résineux mourrait chaque année comme conséquence directe de l'adoucissement du climat. De plus, quand la prévision des feux a été intégrée, l'âge moyen des arbres a diminué et le rendement de tous les peuplements de bois commercial -- résineux et feuillus -- a baissé de 50 pour cent.

Des températures plus clémentes pourraient aussi faire évoluer les populations d'insectes. Des insectes qui sont maintenant répandus dans le sud du Canada migreraient dans le bassin du Mackenzie. De la même façon, des insectes ravageurs qui sont actuellement dans la région se déplaceraient non seulement vers le nord, mais aussi en altitude. Sieben et al. (Université de la Colombie-Britannique) ont montré que, selon un des scénarios de réchauffement, le nombre d'hectares qui pourrait être envahi par le charançon du pin blanc ferait plus que doubler, jusqu'à couvrir toute la région forestière. Le charançon, insecte ravageur actuellement limité au sud, retarde la régénération des forêts.

Tourbières

Le réchauffement pourrait affecter la végétation d'une autre façon en modifiant les niveaux des eaux et de la nappe phréatique. Nicholson et al. (Université de l'Alberta et la Connecticut State University) ont développé un modèle de croissance des tourbières, comportant une classification en sept types reposant sur des caractéristiques comme la température de l'air et la hauteur de la végétation au-dessus de la surface de l'eau. Quand aucun de ces types ne s'appliquait à un site en particulier, ce dernier était classé comme sans tourbières. Quand ce système de classification a été appliqué à des scénarios de réchauffement climatique, cette catégorie (sans tourbières) s'est appliquée à tous les sites au sud de 60°N et le niveau de la nappe a baissé de 10 à 50 centimètres. Plus au nord, le modèle prévoit une augmentation du nombre de sites de tourbières entre Norman Wells et la côte de la mer de Beaufort, les niveaux phréatiques s'élevant de 10 à 30 centimètres en certains endroits. L'assèchement du sud concorde avec la prévision d'un nombre croissant de feux et une diminution des niveaux phréatiques qui a été décrit précédemment par d'autres études utilisant les mêmes modèles mais des techniques d'analyse très différentes.

Vaste glissement de terrain, survenu à 90 km à l'ouest de Norman Wells
Gros plan d'un bloc du glissement de terrain à l'ouest de Norman Wells

2.1.3 Faune

Une évolution du climat, de la végétation et de l'eau affecterait la faune de la région à différentes étapes du cycle de vie, notamment durant la migration et la reproduction. Les relations entre les animaux et le paysage sont complexes et l'effet du changement climatique était difficile à extrapoler pour de nombreuses espèces.

Poissons

Melville (Saskatchewan Research Council) a signalé que les températures des lacs s'élèveraient si le climat se réchauffait, mais que l'information actuellement disponible ne permettait pas de déterminer quel effet cela aurait sur les habitats des poissons d'eau douce. Les espèces d'eau froide (celles qui préfèrent l'eau froide) pourraient être plus menacées, mais on ignore encore leur capacité d'adaptation.

Animaux à fourrure

Les animaux à fourrure pourraient être affectés par une augmentation du nombre des feux de forêts. Latour et Maclean (Environnement Canada et Ressources renouvelables des T.N.O.) ont montré que le nombre de lynx et de martres pourrait diminuer, tandis que les renards roux pourraient en bénéficier. Comme l'ont mentionné des communautés autochtones, il semblerait que la baisse des niveaux d'eaux dans le delta Paix-Athabasca a fait diminuer la population de rats musqués.

Caribou

L'effet sur les caribous semble plus marqué. En ayant recours à un modèle développé à l'origine pour la harde de caribous de la Porcupine, Brotton et al. (Université de Waterloo) estiment que les caribous de la harde de Bathurst, qui vivent au nord du Grand lac des Esclaves, perdraient probablement du poids, en partie à cause d'une plus grande épaisseur de la neige au sol, et en partie à cause de l'augmentation du nombre d'insectes qui harcèlent la harde -- une conséquence des températures estivales plus élevées.

Oiseaux

Les études sur les oiseaux ont été restreintes par la complexité de leur cycle de vie et par la diversité des régions qu'ils traversent durant leurs longues migrations. Étant donné que ces trajets s'effectuent à l'extérieur de la région du Mackenzie, les études permettaient seulement d'évaluer les effets que le changement climatique pourrait avoir sur les habitats estivaux des oiseaux. Gratto Trevor (Environnement Canada) a signalé que l'habitat estival des oiseaux de rivage du delta du Mackenzie ne varierait probablement pas beaucoup. Maarouf et Boyd (Environnement Canada) ont déclaré que des températures plus élevées, le printemps et l'été, seraient favorables aux oies, mais que le dégel du pergélisol et la fréquence accrue des feux endommageraient leur habitat.

Ces études dressent un tableau, coloré par la science occidentale, de la réaction que pourrait avoir la faune de la région à la modification de l'environnement. Les connaissances traditionnelles pourraient aider à combler certaines lacunes. Les responsables de l'ÉIBM ont tenté de faire une étude de cas sur les Lutsel k'e, une communauté vivant à l'est du Grand lac des Esclaves. Bielawski (Arctic Institute of North America, tiré du Rapport provisoire no 2 de l'ÉIBM) a fourni certaines informations. Malheureusement, cette étude n'a pas pu être financée en entier et on a ainsi perdu une occasion de collaborer à d'importantes recherches.

La science occidentale et les connaissances traditionnelles pourraient explorer de concert les effets potentiels du réchauffement climatique sur la faune. La possibilité d'un tel partenariat a été discutée à fond au cours des tables rondes (voir la section 3).


2.2 Industrie et communauté

2.2.1 Industrie

En général, un changement climatique pourrait n'être qu'un bienfait mitigé pour l'industrie. Il pourrait réduire le rendement des forêts, augmentant ainsi les dangers pour la foresterie commerciale dans le nord de l'Alberta et de la Colombie-Britannique (Rothman et Herbert, Environnement Canada et l'Université de la Colombie-Britannique). Par ailleurs, l'agriculture profiterait d'une saison de croissance plus longue, mais les agriculteurs devraient développer davantage leurs réseaux d'irrigation pour garder leurs fermes viables (Brklacich, Université Carleton).

Changements dans les feux de forêt et les rendements forestiers Bassin du Mackenzie

Deux études de cas ont porté sur les effets que le changement climatique risque d'avoir sur le tourisme. On ne prévoyait que des changements mineurs pour le canotage, la navigation de plaisance, le camping, etc., dans le parc national de la Nahanni, dans le sud-ouest des T. N.-O., mais la chasse sportive pourrait être touchée à cause de la diminution de la harde de caribous de Bathurst (Brotton et al., Université de Waterloo).

L'exploitation pétrolière au large des côtes de la mer de Beaufort pourrait profiter d'un plus long été, mais l'augmentation de l'érosion côtière par les tempêtes entraînerait des coûts plus élevés et des menaces à l'environnement (Anderson et al., Université McMaster).


2.2.2 Communautés

Les résidents du nord qui vivent dans de petites communautés perçoivent plus les changements qui se produisent dans l'environnement que des fonctionnaires à l'abri dans des tours de bureaux. En outre, les résidents des communautés utilisent différemment l'information. Par exemple, la façon dont les habitants du Nord et du Sud décrivent l'évolution de l'environnement montre que chacun de ces groupes voit différemment les effets que le changement climatique pourrait avoir sur un style de vie traditionnel et un style de vie basé sur les salaires. L'intégration de la science occidentale et des connaissances traditionnelles est possible (et grandement souhaitable), mais seulement si les chercheurs font un effort réel pour comprendre le genre de vie que mènent les gens dans cette région (Bielawski, Arctic Institute of North America, tiré du Rapport provisoire no 2).

Quelques incidences possibles

Les scénarios de changement climatique semblent indiquer que, malgré une réduction des inondations printanières, un climat plus doux créerait d'autres problèmes. Par exemple :

  • des niveaux d'eau moins élevés dans les lacs et rivières de la région rendraient la navigation plus difficile (Kerr, Environnement Canada);
  • les risques de glissements de terrain et de subsidence du sol causés par le dégel du pergélisol augmenteraient pour certaines communautés des T. N.-O. (Bone et al., Université de la Saskatchewan);
  • la saison des chemins d'hiver dans le nord de l'Alberta serait plus courte (Andres, Trillium Engineering, tiré du Rapport provisoire no 2 de l'ÉIBM);
  • les feux de forêts seraient plus fréquents (Kadonaga, Université de Victoria).

La façon dont une communauté réagira à un changement de climat dépendra de la situation géographique, économique et sociale de la région, ainsi que de l'expérience antérieure des résidents en ce qui concerne des températures extrêmes et des variations à long terme du climat. Par exemple, Newton (Newton Assoc.) a étudié la réaction de deux communautés à une inondation récente. L'une des deux, située à Fort Liard, avait facilement accès à des terres plus élevées, tandis que l'autre, à Aklavik, était située au milieu du delta du Mackenzie. Quand Fort Liard a été inondé, ses résidents se sont réfugiés dans des centres communautaires ou auprès d'amis dont les maisons étaient situées plus haut. Quand Aklavik l'a été, ses résidents ne pouvaient pas s'échapper si facilement parce qu'il n'existait pas de terre élevée. Ils se sont plutôt entraidés, en évacuant les personnes les plus âgées et handicapées par avion. Les résultats de cette étude ont aussi montré que la réaction des individus a été différente dans chaque cas.

Il est intéressant de constater que la communauté de Fort Liard a traversé une période plus difficile et souffert de plus grands dommages du fait de l'inondation que celle d'Aklavik parce que Fort Liard n'avait pas été inondé aussi souvent qu'Aklavik et disposait par conséquent de services d'appui moindres et moins bien définis. Il n'est pas surprenant de constater que Fort Liard a eu besoin de nombreux et divers services d'appui des différents paliers de gouvernements.

Au fur et à mesure que les communautés nordiques prendront de l'expansion et évolueront, leurs réactions aux inondations et aux autres fléaux se modifieront également. L'histoire de ces deux communautés peut être instructive quand on se demande comment les gens du Nord pourraient faire face à un changement climatique.

De la même façon, un changement climatique affecterait différemment une communauté qui dépend du mode de vie traditionnel caractérisé par la chasse, le trappage et la pêche et une qui dépend de l'exploitation minière, pétrolière ou gazière. Par exemple, la seconde verrait davantage d'infrastructures menacées si le pergélisol sur lesquelles elles sont installées commençait à dégeler.

Mais le changement climatique représente plus qu'un problème d'ingénierie. Il peut causer aussi des problèmes sociaux parce qu'il peut affecter l'équilibre entre l'économie de salaires et l'économie sans salaires. Par exemple, s'il y avait un changement climatique, un réchauffement graduel permettrait de créer de nouveaux emplois salariés dans l'agriculture et des projets d'exploitation d'énergie au large des côtes (Lonergan et al., Université de Victoria). Mais le même scénario pourrait aussi poser de nouvelles menaces au transport, à la foresterie et à l'exploitation minière ou encore modifier considérablement les conditions de la chasse, du trappage et de la pêche. Ces activités seraient aussi influencées par les revendications territoriales et des pressions économiques extérieures, comme la demande nationale et internationale pour les ressources naturelles de la région. (Les revendications territoriales sont celles des peuples autochtones pour faire reconnaître leurs droits de propriété sur des terres.) L'ÉIBM n'a fait qu'effleurer la manière dont toutes ces pressions pourraient affecter l'économie de salaires et l'économie sans salaires du nord-ouest du Canada.


2.2.3 Évaluation intégrée, ou l'unification

L'une des caractéristiques les plus intéressante de l'ÉIBM est qu'elle a permis d'évaluer de façon intégrée les scénarios de changement climatique. Les scientifiques ont donc partagé l'information, les expériences, les résultats et les modèles au cours d'ateliers et de conversations entre eux et avec leurs partenaires.

Tous les participants ont utilisé les scénarios de réchauffement climatique mis au point pour l'étude. Parmi les exemples de collaboration interdisciplinaire :

  • l'étude sur les niveaux et les débits d'eau et l'étude sur le tourisme ont appliqué le scénario sur le ruissellement du bassin;
  • les études sur le rendement des forêts, l'industrie forestière et les animaux à fourrure ont utilisé le scénario des feux de forêts;
  • l'étude sur l'évolution des établissements a utilisé les données de l'étude sur le pergélisol afin d'évaluer les menaces;
  • l'étude sur l'énergie a appliqué les scénarios sur le pergélisol, la glace et les niveaux d'eau.

Il y a eu également trois exercices de modélisation visant à prédire les répercussions indirectes de ces nombreux changements sur la région. Pour créer des modèles mathématiques informatisés, ces études se sont basées sur des informations fournies par d'autres études.

Dans une étude, Yin (Environnement Canada et Université de la Colombie-Britannique) s'est intéressé surtout à l'agriculture et à la foresterie. Le modèle employé, appelé modèle d'évaluation des terres, utilisait des informations quant aux effets que pourrait avoir un changement de climat sur ces deux industries et sur les buts poursuivis par leurs exploitants. Il s'agissait de répondre à la question suivante : l'utilisation des terres donnera-t-elle lieu à de nouveaux conflits? Les résultats ont montré qu'à mesure que le climat se réchaufferait et que plus de terres seraient converties à l'agriculture, la perte de couches arables imputable à l'érosion dépasserait l'objectif d'érosion du sol visé. En plus, il ne pousserait pas suffisamment d'épinettes pour répondre aux besoins de l'industrie forestière. Le modèle a cependant des limites, puisque les pêches, la faune et quelques autres activités ont été laissées de côté. On pourra le faire tourner en utilisant d'autres scénarios si l'on peut obtenir des données additionnelles.

Huang (Université de Regina) a adopté une approche légèrement différente à la même question. Cette étude a permis de développer un modèle de programmation à objectifs multiples afin de découvrir si les intérêts des divers intervenants pouvaient être satisfaits advenant un changement climatique. Quatre scénarios ont été envisagés. Les deux premiers montraient ce qui se produirait selon que les industries de l'agriculture et de la foresterie commerciale connaîtraient une croissance lente ou une croissance rapide. Les troisième et quatrième scénarios montraient ce qui se produirait si l'industrie de l'agriculture empiétait sur une partie ou sur de grandes étendues de terres forestières. Les deux derniers scénarios ont été ajoutés à titre de réponse au déclin du rendement des forêts projeté par Hartley et Marshall.

Dans ces quatre scénarios, le secteur agricole pouvait prendre de l'expansion et respecter les contraintes imposées par les autres usagers des ressources de la région. Par contre, le secteur forestier déclinerait dans les deux derniers scénarios. Ce modèle pourrait être mis à l'épreuve avec d'autres scénarios.

Lonergan et al. (Université de Victoria) ont mis au point un modèle économique et l'ont appliqué à un scénario d'expansion de la production du pétrole dans la mer de Beaufort, en se basant sur les travaux d'Anderson et al. On voulait ainsi trouver si la situation des emplois allait changer. Ces résultats ont alors été combinés avec une étude sur la Première nation Pedzeh Ki située à Wrigley (T. N.-O.). Les résultats de l'étude de Lonergan donnent à penser que l'emploi salarié à court terme augmenterait dans le secteur des affaires communautaires et des services personnels. On se demandait alors si ces emplois seraient en ville ou à l'extérieur. Les résidents seraient-ils en mesure de vivre et de travailler dans leur communauté ou obligés de se déplacer pour occuper des emplois éloignés qui les obligeraient à s'absenter pour des jours ou des semaines? Les auteurs craignaient que la communauté ne soit perturbée si les perspectives d'emploi s'en allaient à l'extérieur.

Il n'y a pas eu moyen de déterminer les répercussions sur le mode de vie des Autochtones, en partie parce que de nombreuses revendications territoriales ne sont pas encore réglées. On n'a pas eu non plus l'occasion d'étudier d'autres changements tels que le dégel du pergélisol et l'évolution de la foresterie. Cette question nécessitera encore beaucoup de recherches.

Toutes ces études, et notamment les exercices de modélisation, ont permis de tirer parti des résultats d'autres études de l'ÉIBM et d'autres contributions. Ceci permet de penser que l'intégration a été au moins partiellement réalisée. L'atelier final a offert aux intervenants et aux scientifiques un forum pour échanger de l'information entre cultures et entre disciplines. Bref, l'atelier a permis de partager une expérience d'apprentissage sur la sensibilité de la région au changement climatique.

Ceci étant dit, on n'a pas su saisir certaines opportunités. Par exemple :

  • les connaissances traditionnelles n'ont pas pu être intégrées dans aucun des modèles quantitatifs;
  • le scénario hydrologique -- débits et niveaux d'eau -- n'a été prêt que vers la fin de l'étude, trop tard pour plusieurs projets de l'ÉIBM;
  • l'étude comptabilisant les ressources n'a pas pu tenir compte de la foresterie, de l'agriculture, de la faune ni du pergélisol parce que les données n'étaient pas compatibles;
  • les résultats de l'étude sur les ravageurs forestiers ont été disponibles seulement après le parachèvement de l'étude sur le rendement des forêts.

La plupart de ces problèmes illustrent la difficulté de synchroniser les résultats des recherches et de se communiquer ces données entre scientifiques.

On a décidé d'aller de l'avant avec cette grande quantité de scénarios, d'études et d'exercices de modélisation parce que la communauté n'arrivait pas à s'entendre sur la meilleure façon de réaliser une évaluation intégrée. L'ÉIBM a permis d'expérimenter différentes méthodes, dans l'espoir que chacune produirait des informations qui seraient utiles aux intervenants dans le dossier et permettraient finalement d'éclairer le débat sur le changement climatique.


2.3 Examen de l'ÉIBM par l'Université du Texas

Dyer et Stewart (Université du Texas, Austin) ont examiné le processus de recherche et de consultation suivi par l'ÉIBM, dans le cadre de leur examen d'études de cas sur le développement durable provenant de plusieurs pays. Même si l'ÉIBM ne concernait pas directement une expansion économique planifiée, les auteurs l'ont incluse parce que, selon eux, ses processus, notamment la participation des intervenants et l'interrogation sur des simulations, étaient cohérentes avec un développement durable réussi.

Bien que la plupart des intervenants aient appuyé le processus de l'étude, qui a suscité l'intérêt sur la scène internationale, les auteurs ont mentionné que certains participants autochtones s'étaient grandement préoccupés de savoir si on avait accordé la même considération aux connaissances autochtones ou traditionnelles qu'aux connaissances scientifiques ou externes. Ces participants considéraient aussi qu'il n'y avait pas eu suffisamment de contacts directs avec les intervenants locaux et que le calendrier de recherche de l'étude était trop rigide.

Cependant, dans l'ensemble, le processus de l'étude a été considéré comme non limitatif et ouvert à la participation et il a habitué les gens à l'idée que le « réchauffement planétaire » était un problème qui les concernait. Leurs suggestions afin d'améliorer le processus étaient cohérentes avec celles exprimées durant les tables rondes de l'atelier final de l'ÉIBM (voir section 3).


2.4 Autres contributions canadiennes et internationales

Fassnacht (Université de Waterloo) a décrit une nouvelle méthode servant à estimer le temps que prennent les sédiments en suspension pour parcourir les chenaux du delta du Mackenzie. Gan (Université de l'Alberta) a comparé différentes techniques pour mesurer l'épaisseur de la neige au sol de tout le bassin. Selon lui, bien que l'imagerie par satellite fournisse des estimations, il est encore difficile d'obtenir des données par temps nuageux.

À l'atelier final, Toth (Potsdam Institute of Climate Impacts, Allemagne) a présenté une étude sur les impacts de l'été chaud de 1992 dans le nord de l'Allemagne. De nouvelles initiatives multinationales de l'International Arctic Science Committee (IASC) ont été présentées pour deux régions : la mer de Barents (Lange et Kuhry, Université de Münster, Allemagne; et IASC Global Change Programme Office, Finlande) et la mer de Béring (Weller, Université de l'Alaska à Fairbanks, États-Unis). Le rapport complet comprend des descriptions des nouveaux projets de l'IASC.


2.5 Attentes et résultats

Après six ans de travaux, il y a lieu de réfléchir sur les attentes de l'étude et de se demander dans quelle mesure elles se sont concrétisées. Le tableau 2 compare quelques attentes et quelques résultats.

Il est aussi utile de comparer des résultats des recherches de l'ÉIBM avec les hypothèses fixées par les scientifiques au début de l'étude. Le tableau 3 établit cette comparaison. Cette comparaison montre que, bien que certaines attentes et hypothèses aient été confirmées, les recherches ont suscité quelques surprises.



3. Discussions en table ronde : Réactions des intervenants

Six discussions en table ronde ont été organisées à l'atelier final de l'ÉIBM. On a demandé aux intervenants si le scénario de changements et d'effets qui pourrait se concrétiser en cas de changement climatique modifierait leur vision de l'avenir et, si oui, comment la région devrait-elle réagir? Les discussions étaient axées sur cinq thèmes :

Il y a également eu une sixième table ronde, qui a permis aux participants de discuter des recommandations. Toutes les tables rondes ont compris des exposés et des discussions mettant en cause les intervenants assis à la table, ainsi que des périodes de questions-réponses pour les scientifiques présents dans l'assistance.

Session d'affichage au séminar final de l'ÉIBM

3.1 Répartition de la gestion de l'eau entre diverses instances

Dans la section de recherche, on a décrit, pour un certain nombre de scénarios de changement climatique dans le bassin du Mackenzie, les modifications qui pourraient affecter des rivières, des lacs, des deltas et des milieux humides, entre autres :

La plupart des participants aux tables rondes ont cité des exemples récents de modifications importantes dans les ressources aquatiques régionales, qui confirment une partie des prévisions scientifiques. Par exemple :

Les habitants des Territoires du Nord-Ouest ont toujours été préoccupés par les manifestations de changements dans les cours d'eau. Au début, les responsables pensaient que le barrage Bennett, sur la rivière de la Paix en Colombie-Britannique, les usines de pâte et de papier et les projets de sables bitumineux en Alberta étaient la cause de la réduction du niveau d'eau du Mackenzie. Mais Robert McLeod, du ministère des Ressources renouvelables des Territoires du Nord-Ouest, a indiqué que, selon la Northern River Basins Study, le changement climatique a également contribué au phénomène et intensifié les répercussions du barrage Bennett sur le système hydrologique.

Dean Arey, du Conseil inuvialuit de gestion du gibier, a mentionné que la vitesse à laquelle se produira le changement climatique sera un élément déterminant de la façon dont son peuple s'adapterait. Quelque 70 à 80 pour cent des peuples inuvialuits dépendent d'une économie de subsistance et sont tributaires du poisson, de la baleine et du caribou comme sources d'aliments et de commerce. Si les changements s'étalaient sur plusieurs siècles, son peuple pourrait s'adapter. Les modifications dans la nature ont toujours été lentes, et les Inuvialuts ont toujours pu adapter leur mode de vie, a-t-il déclaré. Par contre, si elles se produisaient en quelques décennies seulement, les Inuvialuts seraient gravement touchés.

Karen LeGresley Hamre, du Conseil de l'aménagement du territoire gwich'in, a déclaré que la stabilité du climat n'était plus chose acquise pour les peuples du Nord. Les plantes, les animaux et les poissons allaient tous subir des modifications. Il s'agit d'une autre « grosse variable » qui serait introduite dans la planification des régions où les Autochtones s'installeraient. La planification serait plus ardue dans le cas des zones permanentes réservées, au sein de la région revendiquée, pour des utilisations traditionnelles. Un changement climatique pourrait les rendre impropres à ces actions.

Brian O'Donnell, d'Environnement Canada, a demandé quels plans les participants pourraient dresser dans le cas où les niveaux d'eau resteraient bas. Les scénarios de changement climatique influeraient-ils sur la façon dont l'eau serait gérée dans les diverses instances? Il a répondu à sa propre question en suggérant que l'accord Mackenzie River Basin Transboundary Waters Master Agreement pourrait servir de modèle pour répartir la gestion de l'eau entre diverses instances.

L'accord définit les principes généraux en matière de gestion de l'eau pour six administrations : Canada, Territoires du Nord-Ouest, Yukon, Colombie-Britannique, Alberta et Saskatchewan. En vertu de l'entente, l'eau est partagée selon des règles équitables, et l'écosystème aquatique est protégé. Terry Zdan, de l'Alberta Environmental Protection, est d'accord; il ajoute que cette démarche ressemble aux arrangements pris au sud du bassin.

Stewart Cohen présente les membres de la table ronde sur la durabilité des écosystèmes

3.2 Durabilité des écosystèmes

La section deux décrit un certain nombre de changements qui affecteront la faune et la flore dans le bassin du Mackenzie, notamment :

Les participants à la table ronde ont ajouté leurs propres observations concernant les effets de la récente tendance au réchauffement. George Low, du ministère des Pêches et des Océans, a signalé que la hausse des températures de l'eau dans le lac Beaver et dans les régions en aval du Grand lac des Esclaves a tué une quantité importante de poissons en 1989. Par conséquent, le gouvernement a limité le nombre de poissons que l'on pouvait pécher. George Kurszewski, de la Nation Métis, a mentionné un déclin de la population de lapins dans la région située au sud du Grand lac des Esclaves. Et Charlie Snowshoe, de Fort McPherson, a dit qu'après un incendie de forêt, les arbres ne poussaient plus comme autrefois.

Ron Graf, du ministère des Ressources renouvelables des Territoires du Nord-Ouest, et Kevin McCormick, d'Environnement Canada, ont proposé quelques scénarios de changements touchant la faune. Par exemple, des modifications de la végétation pourraient obliger les caribous à aller mettre bas dans des régions où la végétation est plus abondante, mais les prédateurs plus nombreux.

Les participants ont convenu qu'il était parfois difficile de distinguer les effets d'un changement climatique d'une modification découlant d'autres facteurs ou de variations naturelles survenant au sein d'écosystèmes. Cette difficulté pourrait se compliquer davantage si la réponse n'avait pas été prévue. Par exemple, les contaminants présents dans l'eau et le poisson pourraient affecter la réaction de ces derniers au changement climatique.

La durabilité de l'écosystème a également émergé comme thème important lors des discussions concernant le développement économique et les modes de vie autochtones. Maurice Boucher, du comité de travail sur l'environnement de Fort Resolution, a insisté sur le besoin de reconnaître le rôle joué par les valeurs et les jugements de valeurs dans les processus décisionnels, tandis que Cam McGregor, de l'Alberta Environmental Protection, et M. McCormick ont suggéré que la perception du public quant à la nature des problèmes et des options allait agir sur la communication entre les ministères à vocation scientifique et ceux s'occupant de politiques.

Au cours de la discussion sur les mesures que les participants pourraient prendre en vue de l'adaptation au changement climatique et de la protection des écosystèmes, on a mentionné entre autres le besoin d'une communication accrue entre les scientifiques et les intervenants, d'une meilleure compréhension des besoins en informations chez les décideurs, et d'une plus grande reconnaissance du savoir traditionnel. Parmi les autres propositions avancées :

Le changement climatique est une question complexe, qui nécessite des réponses locales, nationales et internationales. Les ententes consécutives aux revendications territoriales ont donné aux peuples autochtones davantage de pouvoir, mais M. Snowshoe a déclaré qu'elles ne suffiraient peut-être pas à fournir aux habitants du Nord les moyens requis pour réagir efficacement aux questions planétaires comme le changement climatique, l'appauvrissement de la couche d'ozone et les accidents nucléaires comme celui de Tchernobyl. Il a affirmé que cette situation ressemblait à bien d'autres auxquelles ont été confrontés les habitants du Nord, en ce qu'elle suppose elle aussi un processus d'apprentissage pour toutes les parties intéressées.


3.3 Développement économique

Les participants aux tables rondes ont insisté sur deux points : primo, même si la situation changeait dans l'avenir, les vieilles règles de l'offre et de la demande continueraient de s'appliquer; secundo, les revendications territoriales des Autochtones ont modifié le paysage politique. Aujourd'hui, les intervenants régionaux parlent d'égal à égal avec les dirigeants de l'industrie et les scientifiques quand vient le temps de prendre des décisions concernant les projets de recherche-développement.

Les participants ont eu de la difficulté à associer un prix aux effets possibles du changement climatique, mais les informations tirées des recherches ont fourni des indices quant aux coûts éventuels.

Industrie forestière

Le nombre de feux de forêt augmenterait, ce qui, à son tour, réduirait les productions, notamment celles de résineux.

Industrie touristique

L'effet serait mitigé. Le changement climatique pourrait réduire le chiffre d'affaires des exploitants de camps de chasse, mais l'augmenter pour ce qui est des activités aquatiques dans le parc national Nahanni.

Industrie agricole

Les agriculteurs pourraient profiter d'une saison de croissance plus longue dans le cas du blé. Cependant, ils seraient peut-être contraints d'installer des systèmes d'irrigation pour faire compenser la sécheresse des sols.

Industries minière, gazière et pétrolière

Un changement dans le pergélisol et dans la glace de mer pourrait faire monter le coût des activités terrestres. Par contre, une saison de navigation plus longue pourrait rentabiliser l'exploitation des navires-citernes dans la mer de Beaufort, et même permettre l'expansion des activités de mise en valeur des carburants fossiles, d'où une amélioration des perspectives d'emplois à court terme et une hausse des redevances versées aux communautés locales. Les effets à long terme d'une saison de navigation plus longue n'ont pu être déterminés.

Les discussions en table ronde ont visé un large éventail de sujets, notamment :

Pratiques de gestion commerciale

Daryll Hebert, d'Alberta Pacific Forest Industries, a déclaré que les industries tiennent rarement compte du changement climatique dans leurs activités quotidiennes ou leur planification à court terme, mais cet élément devrait être ajouté aux modèles servant à la planification à long terme. Le changement climatique devrait aussi être ajouté au programme de recherche au nouveau centre national d'excellence en aménagement forestier durable à l'Université de l'Alberta.

Chris Fletcher, du ministère des Forêts de la Colombie-Britannique, a déclaré que les intervenants locaux du domaine de la foresterie ne sont pas préoccupés par le changement climatique, et ils n'ont donc pas intégré cet élément dans leurs politiques. M. Herbert a affirmé qu'il fallait inclure le changement climatique dans les modèles utilisés par les entreprises pour analyser quel pourcentage de la forêt elles allaient couper ainsi que les risques futurs. Il répondait aux questions portant sur l'intégration de l'incertitude liée au changement climatique dans les décisions de mise en valeur des ressources : pourquoi l'incertitude associée au changement climatique est-elle différente d'autres formes d'incertitude?

Réaction des communautés

Au niveau des communautés, les participants ont dit qu'il fallait établir des partenariats entre les communautés et les ordres de gouvernement supérieurs afin de dresser des plans d'aménagement. Bridgette Laroque, de la Nation Métis, et Charlie Furlong, maire d'Aklavik, ont rappelé que les ententes consécutives aux revendications territoriales ont fait des peuples autochtones les principaux propriétaires fonciers du Nord. Tout projet de développement économique ou de recherche scientifique entraînerait des consultations exhaustives auprès des communautés autochtones.

En tant que propriétaire de petite entreprise, M. Furlong a déclaré qu'il n'avait pas de ressources à investir dans un thème aussi incertain que le changement climatique. Cependant, il a reconnu les répercussions que pourrait avoir, sur sa communauté, le dégel du pergélisol et une baisse persistante des niveaux d'eau. La surveillance à long terme et le partage fréquent et opportun d'informations aideraient les communautés à s'adapter au changement climatique, a-t-il affirmé.

Gaz à effet de serre

On pourrait, avec des programmes de conservation et d'efficacité énergétiques, réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les Territoires du Nord-Ouest, a déclaré Joe Ahmad, du ministère des Ressources énergétiques, minières et pétrolières des Territoires du Nord-Ouest. Les réductions dans la région seraient modestes, mais serviraient de modèle pour les autres.

Durabilité économique

M. Hebert mentionne que l'introduction du concept de durabilité serait difficile, parce que les marchés et les gestionnaires industriels mesurent le succès économique au moyen d'une production axée sur la demande.


3.4 Entretien de l'infrastructure

Les participants à cette table ronde possédaient collectivement plusieurs décennies d'expérience en matière de planification, de conception, de construction et d'entretien de routes et de bâtiments dans des régions du bassin de Mackenzie couvertes de pergélisol. Ces professionnels avaient remarqué les incidences des récentes tendances climatiques. On a discuté de facteurs environnementaux, économiques et sociaux et de leurs liens avec la gestion des infrastructures dans le Nord.

Les recherches effectuées donnent à penser que les changements suivants pourraient survenir :

Rob Dobell, de l'Université de Victoria, suggère que le groupe élargisse la notion d'infrastructure pour y inclure les mécanismes d'éducation et d'assurance, ainsi que les systèmes d'intervention en cas d'urgence, de surveillance, de réglementation, de santé et de soutien social. L'infrastructure pourrait comprendre les institutions sociales et culturelles qui regroupent les risques et appuient les populations en périodes de stress et de changement. L'infrastructure pourrait également viser les institutions qui régissent la pérennité des activités agricoles et de l'utilisation des terres. Les réactions au changement climatique pourraient prendre la forme de modifications des normes de conception et de construction, de réformes des dispositions régissant l'utilisation des terres et de changements dans les types d'animaux, de poissons et d'essences exploités.

Pietro de Bastiani, du ministère des Transports des Territoires du Nord-Ouest, a décrit les effets potentiels du changement climatique sur le transport maritime, ferroviaire et routier. Par exemple, les plaques de glace de mer sont un obstacle à la navigation, et le réchauffement pourrait obliger les autorités à déployer un plus grand nombre de brise-glace au cours de l'hiver. La situation aurait des répercussions évidentes sur la navigation dans l'Arctique. Plus au sud, le Mackenzie est l'une des principales voies utilisées pour ravitailler les communautés et les industries nordiques en carburant et en denrées. Les barges et les remorqueurs ont besoin de niveaux d'eau élevés. Un débit plus faible pourrait entraîner une hausse des coûts de transport.

Le pergélisol et la glace sont des facteurs importants pour tous les moyens de transport terrestres. Les pistes d'atterrissage de glace qui servent au transport aérien commencent à s'abîmer dans les zones affectées par des incendies. Les routes permanentes et les ports sont endommagés par l'érosion due à la fonte du pergélisol. Tout changement du ruissellement, de la fonte et des débits d'eau obligerait à réviser les dates de fermeture des routes d'hiver. La construction de routes vers les nouvelles mines devrait être évaluée attentivement.

Randy Cleveland, du ministère des Travaux publics et des Services des Territoires du Nord-Ouest, a affirmé que l'on avait mis au point des techniques de construction qui non seulement permettaient de s'affranchir des conditions de froid du Nord, mais encore, dans une large mesure, en avaient besoin pour être efficaces. Ces techniques sont sensibles aux variations de température du sol, et on devrait les adapter pour qu'elles conviennent à des températures de surface plus élevées.

Alan Hanna, d'AGRA Earth & Environmental, a participé à la table ronde à titre d'ingénieur ayant l'expérience des pipelines dans le Nord et en Russie. Il estime qu'à court terme, l'incidence du changement climatique ne sera pas significative, mais qu'elle pourrait l'être à long terme. En général, il a déclaré que le substratum rocheux ne serait pas affecté par le changement climatique, mais que les régions fortement couvertes de glace le seraient. Les zones de pergélisol discontinu seraient modifiées (de beaucoup à certains endroits), tandis que les changements seraient mineurs dans les zones de pergélisol continu. Une hausse du nombre d'incendies augmenterait probablement les coulées de boue. Il se pourrait que l'on doive surveiller et moderniser les barrages et les digues en les isolant ou en utilisant des moyens artificiels pour refroidir le sol; les gros pipelines devront possiblement être refroidis afin de réduire leur impact sur les emprises. Il avait confiance que l'industrie de l'ingénierie pourrait trouver des solutions aux problèmes de réchauffement et de refroidissement du pergélisol.

Il a conseillé aux participants de ne pas craindre les bris de pipeline ni les autres phénomènes extrêmes éventuels. Les fluctuations de température sont variables, et les habitants du Nord devraient réagir, mais pas outre mesure. Il a déclaré qu'il serait moins coûteux de régler les problèmes quand ils surviendront que d'investir d'importantes sommes aujourd'hui.

M. Cleveland a affirmé que les promoteurs tenaient compte des changements dans les niveaux d'eau, de la stabilité des rives et de la vitesse d'érosion riveraine quand ils cherchaient des sites à développer. L'industrie de la construction pourrait s'adapter, dans la mesure où le réchauffement se produisait lentement. Mais l'adaptation n'est pas qu'une question d'ingénierie. Les nouvelles technologies et techniques de construction entraîneraient probablement une hausse des coûts et l'importation accrue de matériel et de main-d'oeuvre. L'empreinte écologique laissée par les travaux de construction dans le Nord est déjà significative. Il faut plutôt recourir à la « construction durable », qui fait appel à des matériaux locaux (et non importés), compatibles avec l'écosystème et les modes de vie autochtones dans le Nord.

On a informé les participants que la technologie allait changer, mais qu'elle ne pourrait pas atténuer le problème du réchauffement planétaire. On pourrait mettre au point des technologies de construction appropriées, et on devrait favoriser la réalisation de projets de démonstration. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest examine présentement la construction durable.

Plusieurs questions liées à la durabilité ont été soulevées par l'auditoire, y compris le recours aux technologies de rechange dans les systèmes énergétiques, la prise en compte du changement climatique dans les normes de construction à long terme, et la possibilité que l'empreinte écologique dans le Nord devienne plus grande.

Les participants ont mentionné que l'on examinait d'autres sources d'énergie (énergie éolienne, énergie solaire passive), tout comme l'utilisation de la chaleur résiduelle dans l'industrie. Des programmes de conservation de l'énergie sont mis en oeuvre. De plus, les gouvernements sont en train de revoir les normes de conception, puisque les normes actuelles sont fondées sur le passé et que le changement climatique y introduit une nouvelle complexité. Par contre, on n'a pas utilisé les nouvelles informations sur la glace de mer à cause des réductions d'effectifs et de la fermeture de divers services, et que la demande croissante en routes quatre saisons et autres infrastructures faisait augmenter le coût de la construction et la taille de l'empreinte écologique dans le Nord.


3.5 Durabilité des modes de vie autochtones

Le changement climatique vient s'ajouter à la déjà longue liste de facteurs qui influent sur le mode de vie et le moyen de subsistance des habitants du Nord, a déclaré Joanne Barnaby, de l'Institut culturel déné. Le mode de vie traditionnel est fortement tributaire de la pêche, de la chasse et du trappage, et tout changement qui touche les ressources naturelles, y compris le changement climatique, pourrait aussi agir sur les moyens de subsistance de ces habitants. Elle a également mentionné un autre facteur, le nombre croissant d'autochtones qui s'intègrent dans l'économie de salaires. Cette tendance, conjuguée à un recours accru aux produits importés, pourrait faire diminuer la dépendance des populations autochtones vis-à-vis des ressources locales. Avec ou sans changement climatique, a-t-elle affirmé, les modes de vie autochtones sont en transition, et c'est dans ce contexte qu'il faut considérer l'effet potentiel du changement climatique.


3.5.1 Changements constatés

Les habitants de la région ont déclaré qu'il y avait eu un changement léger mais perceptible dans la longueur des saisons et des périodes de transition. Don Antoine, du Comité déné de l'environnement, Fort Simpson, Territoires du Nord-Ouest, a dit que l'englacement commence plus tard et le déglacement plus tôt et moins brutalement que par le passé. Il suggère que c'est peut-être parce que la glace est plus mince et la transition entre les saisons plus graduelle.

Les niveaux d'eau dans le bassin du Mackenzie atteignent des minima record, possiblement parce que les précipitations sont moins abondantes et les pertes d'eau par évaporation plus importantes. On pense que c'est le récent réchauffement climatique qui est la cause des niveaux d'eau peu élevés. Whit Fraser, de la Commission canadienne des affaires polaires, a suggéré que la baisse des niveaux d'eau pourrait expliquer pourquoi il n'y a plus de rats musqués dans le delta Paix-Athabasca, et que le trappage n'y est plus l'industrie importante d'il y a quelques décennies.


3.5.2 Changements prévus et effets sur les communautés locales

On s'attend à ce que les communautés côtières de Tuktoyaktuk et d'Inuvik soient en danger d'inondation, si le niveau de la mer monte comme prévu. Avec un préavis suffisant, les communautés pourraient déménager. Le coût d'une telle mesure, par contre, dépasse leurs moyens.

Une augmentation de la fréquence et de l'intensité des incendies de forêt peut réduire de façon significative la variété et la quantité d'animaux vivant dans les territoires traditionnels de chasse et de trappage. Lou Comin, du parc national Wood Buffalo, a indiqué que certains animaux, comme la martre, le pécan ou l'écureuil, préféraient les forêts adultes et pourraient ne pas revenir aux endroits incendiés; il en va de même pour le caribou. Il demeure une grande incertitude sur la capacité d'une espèce donnée à s'adapter aux changements induits par les incendies, et les réactions varieront sans doute d'une espèce à l'autre.


3.5.3 Impact sur les deux économies -- traditionnelle et basée sur les salaires

La disponibilité des espèces sauvages est un élément crucial pour le développement de nombreuses communautés autochtones, car elles sont une source d'aliments, de revenus et de vêtements traditionnels. De plus, la faune joue un rôle critique dans le maintien de l'identité et des connaissances traditionnelles. S'il survenait des changements importants dans la quantité ou la qualité des animaux ou des habitats, les membres des communautés autochtones devraient modifier leurs habitudes traditionnelles de chasse et de pêche.

Les peuples autochtones se sont adaptés bien des fois dans le passé, mais cela a pu se faire parce que l'ampleur, la durée et la vitesse des changements étaient prévisibles. Les participants à la table ronde ont affirmé que les communautés autochtones seront menacées si les changements subis par la faune sont rapides, prononcés et imprévisibles.

L'effet du changement climatique sur l'emploi dans la région sera mitigé. La répartition des emplois a grandement changé ces dernières décennies, et elle continue de le faire, pour trois grandes raisons. Primo, selon Herbert Felix, du Conseil inuvialuit de gestion du gibier, les enfants d'aujourd'hui sont plus scolarisés que leurs parents ou grand-parents; secundo, l'accès aux communautés locales s'est amélioré et, dans quelques cas, un service aérien régulier permet aux habitants de se rendre à leur lieu de travail; et tertio, dans les régions d'où faune a disparu, certains autochtones ont choisi d'occuper des emplois salariés. Si le changement climatique rend plus difficile, pour les Autochtones, de vivre de façon traditionnelle, alors des modes de vie centenaires vont finir par disparaître.


3.5.4 Réaction au changement climatique
Partenariats

Les participants ont discuté de la possibilité d'établir des partenariats plus efficaces entre les divers ordres de gouvernement et les communautés autochtones. Par exemple, ils estimaient que les communautés scientifiques et autochtones devraient collaborer afin d'intégrer la science occidentale au savoir traditionnel des peuples autochtones. M. Antoine affirme que la collecte d'information ne devrait pas être la dernière étape du processus. Ces connaissances devraient être utilisées dans les pratiques modernes de gestion ainsi que dans les activités traditionnelles : les scientifiques et les gestionnaires des ressources devraient respecter la sagesse des connaissances traditionnelles; les fonctionnaires devraient inclure les autochtones dès les premières étapes des processus décisionnels; les jeunes et les aînés des communautés autochtones devraient passer plus de temps ensemble.

Surveillance

Les participants ont dit que l'on devrait recueillir et utiliser des informations sur la faune, l'eau, la végétation, le relief, les conditions météorologiques, les récoltes, les conditions sociales, l'emploi et d'autres facteurs, pour fixer les niveaux de référence d'une surveillance future. M. Felix déclare que les données de référence sont nécessaires pour déterminer quelles ressources et valeurs sont à risque et ont besoin de protection.

La surveillance devrait être un effort conjoint, qui fasse appel aux méthodes et aux instruments scientifiques, ainsi qu'aux informations et connaissances des habitants de la région. Le savoir autochtone traditionnel est fondé sur l'expérience de nombreuses générations et a une dimension historique qui fait défaut aux méthodes scientifiques de gestion. Mme Barnaby et M. Antoine déclarent que les peuples autochtones sont entièrement prêts à partager ces connaissances, car ce sont eux qui habitent ces régions, qui constateront les changements les premiers et qui en seront les plus touchés.

Émissions de gaz à effet de serre

En dernier lieu, les participants ont convenu que les habitants du Nord doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. M. Comin signale qu'à défaut de mesures préventives, la situation va s'aggraver. De telles mesures devraient inclure la sensibilisation des habitants locaux au problème et le recours à leur créativité et à leur capacité d'adaptation. Les résultats de l'étude devraient aussi servir à sensibiliser l'industrie et le gouvernement quant aux coûts et effets potentiels et actuels du changement climatique sur les terres et les peuples du Nord.


3.5.5 Stratégies d'adaptation

Les communautés locales doivent aider à mettre au point et en oeuvre les stratégies d'adaptation au changement climatique. M. Antoine cite le Programme de gestion des ressources communautaires en exemple de stratégie réalisable qui réunit tous les intervenants. Dans le cadre de ce programme, les chasseurs et les trappeurs travaillent ensemble pour élaborer une stratégie de gestion intégrée. Cette coopération est importante. Certaines stratégies peuvent entraîner une réduction des activités de chasse et de trappage, ou encore l'élimination des projets d'expansion commerciale, afin de sauvegarder une espèce mise en péril par le changement climatique.

L'adaptation au changement climatique nécessitera aussi des programmes de formation, pour qu'il se constitue un bassin de personnes dotées de compétences en leadership et en gestion. Par exemple, M. Antoine a déclaré qu'on aura besoin de gens bien formés, lorsque sera officiellement fondé le Nunavut, en 1999. (En 1999, les Territoires du Nord-Ouest seront divisés en deux territoires, le Nunavut, à l'est, et un territoire qui n'est pas encore nommé, à l'ouest). Il faudra, pour préparer l'avenir, mettre sur pied d'autres programmes de formation, comme celui offert aux jeunes autochtones par l'Aurora Research Institute, d'Inuvik, dans le domaine de la gestion des ressources renouvelables.


3.6 Recommandations

Les discussions ont surtout porté sur les besoins dans les domaines de la collaboration, de la communication, de la surveillance continue et de l'usage accru des connaissances traditionnelles.

Communication

Les participants ont signalé qu'il fallait absolument que la communication se fasse en termes simples. Les informations qui ne sont pas clairement énoncées seront laissées de côté.

Les scientifiques ont également été invités à se prononcer sans ambiguïté, et à éviter les mots comme « pourrait ». Nombre de décisions prises dans d'autres secteurs ne sont pas fondées sur des certitudes absolues. Les scientifiques ne devraient pas être paralysés par cet objectif illusoire de certitude absolue. Les messages devraient viser à obliger les décideurs à prendre des décisions sans plus tarder. Rodney White, de l'Université de Toronto, a ajouté que l'on devrait élaborer des scénarios qui vont au-delà d'un doublement des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre.

Collaboration

Les participants ont suggéré de contacter le Centre climatologique canadien, le Programme canadien des changements à l'échelle du globe et la Commission canadienne des affaires polaires, et de leur demander d'aider à diffuser le message et à faire du lobbying en faveur des habitants du Nord. Jim Bruce, du Programme canadien des changements à l'échelle du globe, a également suggéré que l'ÉIBM pourrait fournir des informations concernant l'étude à son organisation et à l'Étude du pays du Canada : Effets climatiques et adaptation. Il a déclaré que les scientifiques et les intervenants qui ont travaillé à l'ÉIBM devraient également participer aux études de changement climatique dans les régions avoisinantes, et que le changement climatique devrait être envisagé à la lumière du nouvel accord intitulé Mackenzie River Basin Transboundary Waters Master Agreement.

David Malcolm, de l'Aurora Research Institute, mentionne que les institutions déjà en place dans la région pourraient aider à coordonner des initiatives futures.

Surveillance

M. Bruce a également suggéré que l'on continue de surveiller le bassin du Mackenzie, mais que les observations devraient comprendre des connaissances empiriques et traditionnelles. Les participants ont aussi recommandé que les chercheurs envoient les données recueillies pendant l'étude aux archives, pour fins d'utilisation future. Les chercheurs de l'ÉIBM ont découvert un certain nombre de changements importants liés au climat, et le système de surveillance proposé aiderait à les repérer à mesure qu'ils surviennent. Cette région a été définie comme un excellent indicateur du changement climatique au Canada.

Connaissances traditionnelles

La communauté autochtone prévoit d'établir des normes pour les données basées sur les connaissances traditionnelles. Pour leur part, les scientifiques doivent élaborer un cadre qui leur permettra de les inclure dans leurs travaux. Le savoir traditionnel a comme avantage de fournir des informations sur des changements à plus petite échelle que la plupart des modèles. De plus, il met en évidence les problèmes qui préoccupent les plus les intervenants.

Joe Benoit, de l'administration du territoire gwich'in, rappelle aux chercheurs que les connaissances traditionnelles existent parce que la survie des peuples autochtones en dépend. On encourage les chercheurs à mener leurs travaux comme c'était leur cas.

Évaluation intégrée

Les participants ont déclaré que les projets multidisciplinaires comme celui de l'ÉIBM ont besoin d'une plate-forme commune pour les données, et d'un petit bureau dans la région étudiée, avec des employés à temps plein pour aider les scientifiques et les intervenants à échanger des informations. Pour que d'autres études du même genre puissent profiter de l'expérience, les participants suggèrent que les dirigeants de l'étude publient une communication sur les leçons tirées du processus d'intégration, et notamment sur le rôle des intervenants.

Il y a eu plusieurs suggestions pour l'avenir de cette recherche, par exemple l'intégrer dans des travaux visant l'Arctique dans son ensemble, et l'élargir en une étude intégrée des autres stress régionaux, comme l'appauvrissement de la couche d'ozone. De plus, en raison des compressions budgétaires, les participants ont déclaré que les études futures dans la région seraient probablement tributaires des besoins des intervenants et porteraient plus précisément sur leurs préoccupations (comme la faune, l'eau souterraine, la qualité de l'eau et la gestion des feux de forêt).



4. Conclusion

Les discussions sur le changement climatique entrent dans une phase intéressante. En octobre 1997, le Canada et quelque 160 pays vont tenter de s'entendre sur les prochaines mesures à prendre face au changement climatique.

Les résultats de l'Étude d'impact dans le bassin du Mackenzie laissent croire que les effets du récent réchauffement climatique sont visibles dans la région. Même si les habitants du bassin n'émettent qu'une infime partie des gaz à effet de serre du Canada, ils connaîtront sans doute des changements dus au réchauffement futur. Néanmoins, ils croient qu'ils pourront s'y adapter, à conditions que les changements soient progressifs. Le ralentissement du changement climatique devrait être l'un des objectifs de la politique canadienne.



Remerciements

L'ÉIBM a versé un financement complet ou partiel à 19 projets menés entre 1991 et 1996. L'Étude a aussi reçu des contributions en nature de onze autres activités de recherche d'Environnement Canada, de BC Hydro et de l'Université de Victoria. Les organismes fédéraux, provinciaux et territoriaux ont fourni divers ensembles de données. Les dépenses de recherche totales ont atteint 770 .000$ (voir le tableau 1), et 180 .000$ supplémentaires ont été affectés aux publications, aux déplacements et à des tâches administratives.

Le gouvernement du Canada a été le principal commanditaire de l'Étude. Esso Ressources Canada Ltée a également versé un financement direct à l'ÉIBM pour des travaux de recherche et d'autres activités. De nombreux chercheurs ont obtenu des fonds additionnels et des contributions en nature d'autres sources, apports qui ne sont pas compris dans les totaux ci-dessus. Les contributions en nature de données et de travaux de recherche atteignent probablement la même valeur que les activités commanditées directement.

L'ÉIBM a été pilotée par un Comité de travail formé de représentants d'organismes fédéraux, provinciaux et territoriaux, d'organisations autochtones et du secteur privé (voir le tableau 4). Le Comité de travail a examiné et classé les propositions de recherche pour ce qui est des appuis financiers, et fourni des conseils sur des questions liées aux recherches et aux consultations. La plupart des travaux du Comité ont eu lieu entre 1990 et 1994.

L'atelier final de l'ÉIBM a été coparrainé par Environnement Canada; le Programme canadien des changements à l'échelle du globe, de la Société royale du Canada; Affaires indiennes et du Nord Canada; Alberta Environmental Protection; le ministère des Ressources renouvelables des Territoires du Nord-Ouest; la Commission canadienne des affaires polaires; Aurora College (l'ancien Arctic College); et l'Aurora Research Institute (l'ancien Institut des sciences des Territoires du Nord-Ouest).

Le présent rapport a profité des commentaires fournis par David Grimes, Roger Street, Barrie Maxwell et John Newton.

Les opinions et déclarations contenues dans le présent rapport sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement la position d'Environnement Canada.



Publication autorisée par le Ministre de l'Environnement
© 1997; Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 1997
N° de catalogue En 50-118/1997/1F
ISBN -- 0-662-81781-8

Also available in English:
"Mackenzie Basin Impact Study: Summary of Results"



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