| Colonne 3 | Écloserie pour saumons |
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L'écloserie de saumon des rapides de Whitehorse est un peu comme une police d'assurance. Personne ne sait si les stocks de saumons quinnats de la vallée du cours supérieur du Yukon pourraient survivre aux perturbations causées par le barrage installé aux rapides de Whitehorse sans l'aide de l'écloserie. Toutefois, tant que l'écloserie existe, il n'est pas nécessaire de se poser la question. L'écloserie est financée par les ministères de l'Énergie, des Ressources renouvelables et du Tourisme du Yukon et par une société de la Colombie-Britannique, la Creative Salmon, et elle est gérée par l'Association de la pêche et de la chasse du Yukon. Depuis des millénaires, le saumon fraie dans des cours d'eau comme le Wolf Creek et Michie Creek, qui sont situés en amont des rapides de Whitehorse. Et, depuis toujours, même avant la construction du barrage hydroélectrique, le saumon a dû lutter pour sa survie. « Cette remonte est unique, déclare Lawrence Vano, directeur de l'écloserie. Il s'agit du plus long parcours anadrome au monde pour une population de saumon quinnat : 1 800 milles. » Lorsque les jeunes saumons descendent la rivière au printemps, ils font face à de nombreux prédateurs, explique M. Vano. Ils doivent tout d'abord traverser le lac Marsh, qui regorge de brochets. Ensuite, ils arrivent dans le fleuve Yukon, où se trouvent des ombres arctiques, des becs-scie, des mouettes et des brochets, qui ne manquent jamais une occasion d'attraper un jeune saumon. Puis, comme si les dangers naturels ne suffisaient pas, les jeunes saumons doivent affronter le barrage des rapides de Whitehorse. « Ils doivent traverser les turbines et le déversoir, ou alors l'échelle à poissons, selon la direction où les amène le courant », raconte M. Vano. Bien qu'il soit difficile d'évaluer le taux de survie, M. Vano croit que près de vingt à trente pour cent des saumons périssent dans les turbines. Ceux qui survivent ont encore une longue et dangereuse route à parcourir. Ils doivent traverser le lac Laberge, puis redescendre le fleuve Yukon dans son entier. « L'avalaison est une véritable aubaine pour les prédateurs de jeunes saumons », déclare M. Vano. Ceux qui atteignent l'océan passent quatre ans à tenter d'échapper aux épaulards, aux phoques et aux filets de pêche. Puis, ils s'efforcent vaillamment de remonter le dangereux fleuve, d'échapper aux pêcheurs et aux prédateurs, et de remonter l'échelle à poissons pour aller frayer. « Ils doivent également tenter de m'échapper, car j'en attrape pour mon stock de géniteurs », ajoute M. Vano. Les scientifiques estiment que sur cinq mille oeufs de saumon déposés dans les frayères, seulement six saumons reviennent comme reproducteurs. M. Vano pense que cette estimation est très optimiste pour la difficile remonte du fleuve Yukon. « C'est pourquoi je suis si content chaque année de voir les saumons revenir. » Certains des poissons sont de vieux amis. Chaque année, dans de longs bassins installés à l'écloserie, M. Vano élève des milliers de petits saumons qui sont destinés à être relâchés dans les cours d'eau de fraie en amont du barrage. Avant d'être relâchés, ils sont marqués. M. Vano et ses collègues coupent une nageoire dorsale et insèrent une toute petite étiquette dans le nez des poissons. L'absence de nageoire dorsale permet de reconnaître qu'il s'agit d'un poisson élevé à l'écloserie, et l'étiquette indique dans quel cours d'eau il a été relâché. Ce programme d'étiquetage est financé par le ministère fédéral des Pêches et des Océans. Chaque été, M. Vano capture jusqu'à trente pour cent des saumons qui empruntent l'échelle à poissons de Whitehorse, lesquels formeront le stock de géniteurs de l'année suivante. Il ne capture aucun poisson dépourvu de nageoire dorsale et prélève des oeufs et du sperme de saumons sauvages pour varier le patrimoine génétique des poissons élevés à l'écloserie. La diversité génétique a tendance à rendre une espèce plus résistante, et M. Vano utilise la « fraie matricielle » pour accroître cette diversité. Il divise en plusieurs lots les milliers d'oeufs récoltés auprès d'une femelle et fertilise chacun des lots avec le sperme d'un mâle différent. Il semble que le programme de l'écloserie soit un succès. Au cours des trois derniers étés, un nombre croissant de saumons quinnats a remonté l'échelle à poissons de Whitehorse. L'année dernière, 3 000 saumons -- et 40 000 touristes! -- se sont rendus à l'échelle à poissons. M. Vano est toujours surpris de voir la réaction des touristes. Un visiteur d'Irlande a fondu en larmes en voyant les saumons. Il a expliqué à M. Vano que le spectacle lui rappelait son enfance, alors que les saumons remontaient une rivière d'Irlande, mais que, la pollution les avait tous fait fuir. « C'est merveilleux de voir l'expression des gens lorsqu'ils descendent de l'autobus, raconte M. Vano. On comprend pourquoi cette remonte de poisson est si importante. » Pour obtenir de plus amples renseignements au sujet de l'écloserie de saumon des rapides de Whitehorse, communiquez avec l'écloserie au 668-3938. |
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