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Colonne 6 Les insectes en hiver  
 

Ala ressemble à une pomme d'épinette mais en réalité c'est l'abri d'hiver du puceron galligène Pineus similis (photo : Ed van Randen)L'hiver, quand vous faites du ski ou de la randonnée en forêt, essayez de trouver la trace d'insectes.

Des insectes, dites-vous? En hiver, au Yukon?

Incroyable mais vrai, selon Ed van Randen, expert-forestier à Santé des forêts et bassins hydrographiques, au ministère des Affaires indiennes et du Nord, à Whitehorse. La plupart des insectes sont inactifs par temps froid, mais si vous apprenez à reconnaître certains signes, vous pourrez voir où certains d'entre eux ont choisi de passer l'hiver.

Les insectes les plus faciles à repérer sont ceux qui causent la formation de galles sur les arbres en injectant une hormone qui a pour effet de déclencher chez l'arbre la production de matière propre à l'usage de l'insecte. Souvent, ces galles offrent refuge et source d'alimentation aux insectes qui en sont responsables.

Comme le dit M. van Randen : « Il peut s'agir d'excroissances bien particulières. »

Le puceron galligène (Pineus pini) ressemble à un aphidé et provoque sur l'épinette la croissance de galles qui ressemblent beaucoup à des cônes d'épinette. Il y a des différences qui ne sauraient échapper à l'œil averti, comme le dit M. van Randen, mais le novice confond facilement les galles et les cônes.

Une des galles préférées de M. van Randen est celle qui se forme sur les saules.

« Elle ressemble à une rose en bois. On la trouve généralement à la cime des arbres, à la jonction de deux branches, ou à l'extrémité des branches. »

La plupart des insectes qui hivernent sont toutefois moins faciles à repérer que les insectes galligènes. Certains, comme les chenilles et les punaises, hivernent dans les bourgeons. Ils percent un trou à la base du bourgeon puis s'y introduisent. Au printemps, à leur réveil, ils se nourrissent du bourgeon.

D'autres insectes s'enveloppent dans une feuille, se cachent sous l'écorce des arbres ou passent l'hiver enfouis sous la couverture morte qui tapisse les forêts et que la neige recouvre en hiver.

Selon M. van Randen, les seuls insectes qui demeurent actifs tout au long de l'hiver sont les insectes aquatiques. Tant que l'eau des lacs et des cours d'eau ne gèle pas complètement, les insectes aquatiques, comme l'éphémère commune, survivent.

« Ils continuent d'évoluer dans cet environnement, qui demeure le même hiver comme été » de dire M. van Randen.

Contrairement aux mammifères, les insectes ne produisent pas leur propre chaleur, et c'est pourquoi ceux qui hivernent sur la terre ferme doivent trouver des moyens de survivre au gel. À mesure que l'eau refroidit, les molécules d'eau commencent à s'accumuler sur les petites particules étrangères, comme les grains de poussière, pour former des cristaux de glace durs et acérés. Ces derniers finissent par se dilater, causant ainsi la rupture des cellules du corps de l'insecte, ce qui lui est fatal.

Selon M. van Randen, la plupart des insectes utilisent une espèce d'antigel qui leur permet de survivre au gel. À mesure que la température baisse, les cellules de l'insecte produisent du glycérol, une substance qui empêche la formation de cristaux de glace. Parallèlement, l'insecte se débarrasse de toute substance sur laquelle des cristaux de glace pourraient se former. Ce processus en deux temps, qui porte le nom de « surfusion », empêche le gel des liquides organiques de l'insecte, et ce malgré le fait qu'ils atteignent une température bien inférieure à leur point de congélation habituel. La surfusion est un processus très efficace permettant aux insectes de survivre aux rigueurs de l'hiver. Par exemple, certaines espèces de coléoptères ont jusqu'à 30% de leur poids en glycérol, ce qui leur permet de supporter des températures atteignant 50°C au-dessous de zéro.

Mais tous les insectes ne procèdent pas de la même manière. Certains peuvent isoler les cristaux de glace et leur permettre de se former entre les cellules sans danger. On dit de ces insectes qu'ils tolèrent le froid, car ils peuvent supporter d'être exposés au gel jusqu'à un certain point. Ces espèces résistent moins biens aux froids extrêmes.

En plus de ces stratégies, certains insectes cherchent un endroit sec où hiverner, et d'autres construisent des structures qui les protègent des éléments. Les insectes galligènes sont un bon exemple. En effet, chaque galle leur procure un abri sec et chaud, en plus de constituer une source d'alimentation.

Comme le dit M. van Randen, la capacité de survie des insectes par des conditions extrêmes est étonnante.

« Nul autre organisme n'est aussi résistant » de dire M. van Randen.

La plupart des insectes passent l'hiver sous forme de larves. Les larves semblent mieux équipées pour la production de glycérol, selon M. van Randen, et elles peuvent ainsi tolérer des températures plus basses que les adultes.

Chez une même espèce hivernante, les larves et les adultes adoptent souvent une stratégie différente pour se protéger du froid. Par exemple, la larve du scolyte de l'épinette produit du glycérol servant à protéger ses cellules, et elle se glisse sous l'écorce des arbres pour y passer l'hiver.

Toutefois, les adultes ont plus de difficulté à produire du glycérol, et ont par conséquent besoin d'une meilleure protection contre le froid. C'est pourquoi, dès l'âge adulte, ils percent un trou dans l'écorce de l'arbre, se glissent à l'extérieur et se laissent tomber au pied de l'arbre. Par la suite, ils percent un trou à la base de l'arbre, là où la couverture de neige les protégera du froid. Ils sont parfois des milliers à faire de même dans un même arbre.

« Habituellement, les adultes qui n'arrivent pas à se cacher sous la couverture de neige ne passent pas l'hiver » d'ajouter M. van Randen. « Le taux de survie est alors de l'ordre de 1%. »

Pour obtenir de plus amples renseignements sur la vie des insectes en hiver et tout au long de l'année, s'adresser au Service des ressources forestières du MAINC, à Whitehorse, ou à Environnement Canada.

 

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