| Colonne 9 |
Perceptions changeantes à propos de la nature sauvage |
|
| |
||
|
À titre d'ancien président de la Société pour la protection des parcs et des sites naturels du Canada, Juri Peepre s'intéresse aux variations de la définition de l'expression nature sauvage car celle-ci a un effet sur la perception que les gens et les gouvernements ont des parcs et des zones protégées. Dans la culture européenne, l'expression a d'abord paru dans les bibles des temps médiévaux, faisant référence aux terres arides et inhabitées, souvent signe du mécontentement de Dieu. La vision judéo-chrétienne traditionnelle est qu'il est juste et approprié, selon Dieu, de transformer la nature sauvage et qu'elle soit florissante à la fois. En même temps, la nature sauvage était perçue comme un endroit servant à la purification de l'âme. Les ermites se rendaient dans la nature sauvage pour s'approcher de Dieu. Les cultures orientales avaient des traditions de contemplation et de méditation dont les liens avec la nature sauvage étaient encore plus étroits. Avec l'importance que prenait la science, les gens percevaient la nature comme une révélation de l'uvre de Dieu et une source d'inspiration. En Europe, on a commencé l'aménagement de jardins moins formels et plus naturels. En Amérique du Nord, où la colonisation en provenance d'Europe transformait le paysage, certaines personnes ont commencé à parler de protection et de préservation de zones naturelles : la nature sauvage. Le concept englobait plus que les plantes et les animaux. Au milieu du XIXe siècle, le concept de nature sauvage comprenait certaines formes d'occupation humaine, selon M. Peepre. Le théoricien américain George Catlin a proposé la mise sur pied de réserves à l'intention des autochtones en affirmant qu'il faudrait établir des parcs nationaux pour les humains et la faune. Toutefois, au moment de l'établissement de parcs nationaux, le concept de Catlin avait changé. Aux États-Unis, on a établi les parcs nationaux Yosemite et Yellowstone pour y attirer des touristes. Le premier parc national canadien, celui de Banff, a été établi en 1885. Le parc a été créé pour la protection des sources d'eau chaude à l'intention des malades. Il a ensuite été agrandi et transformé en destination-vacances pour les riches, étant associé à la voie ferroviaire et aux hôtels luxueux de Canadien Pacifique. « En réalité, les premiers parcs nationaux n'avaient pas vraiment de rapport avec la nature sauvage » de dire M. Peepre. En dépit de cela, le concept de nature sauvage n'a pas été mis de côté, tout comme l'idée d'établir des zones protégées dans le but de permettre à la nature sauvage de se remettre des impacts de l'activité humaine. Celle-ci n'avait pas de place dans la nouvelle définition de nature sauvage. La United States Wilderness Act, adoptée en 1964, traite de nature sauvage intouchée par l'homme. Au cours des cinq à dix dernières années, la signification de nature sauvage a changé encore, selon Peepre. C'est le Nord canadien qui en est grandement responsable. « Les langues autochtones n'ont pas de mot pour désigner la nature sauvage » de dire M. Peepre. Aux yeux des Premières nations, l'espace naturel est simplement l'endroit où elles vivent et elles font partie de l'écosystème. La signature d'ententes sur les revendications territoriales dans le Nord a mené à la création de nouveaux parcs et de nouvelles zones protégées qui permettent l'activité humaine dans la nature sauvage. Cette idée a fait son chemin jusque dans le sud du pays. Toutefois, on associe l'expression à des zones intactes à l'abri du développement industriel ainsi qu'à des zones naturelles où l'homme fait partie de l'écosystème. Le concept de nature sauvage par rapport à l'activité humaine fait encore l'objet de discussions dans le sud du Canada et aux États-Unis. Toutefois, au nord du 60e parallèle, surtout au Canada, les habitants sont perçus comme faisant partie de l'écosystème. « Selon moi, il s'agit d'une bonne perception » de dire M. Peepre. Pour obtenir de plus amples renseignements concernant la nature sauvage, les parcs et les zones protégées, téléphoner à Environnement Canada, à Whitehorse. |
||
|
|
|