| Colonne 14 | Tourbières et changement climatique |
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Vous marchez dans les bois et aboutissez à un endroit dégagé où il y a des buissons, des herbes et des accumulations d'eau ici et là. Le sol devient de plus en plus mouillé et vous vous enfoncez dans la tourbe jusqu'aux genoux. Le chien, qui avait pris les devants, revient couvert de boue.
La terre tourbeuse humide caractérise la tourbière. Celle-ci est composée de matières organiques, de plantes mortes, décomposées et compactées avec les années, formant une couche détrempée, chargée de carbone, pouvant atteindre six mètres d'épaisseur. D'après Dennis Gignac, biologiste à l'Université d'Alberta, dans le sud et le centre du Yukon, les tourbières sont généralement peu profondes. M. Gignac a fait l'étude des tourbières en Alberta, dans le bassin du Mackenzie et à certains endroits au Yukon. Les tourbières se forment où l'eau peut s'accumuler, ce qui contribue à la décomposition de matières organiques et à la formation d'une couche protectrice. Le climat sec du Yukon et la géographie physique montagneuse limitent le nombre de lieux propices à la formation de tourbières. « Dans la plupart des régions du Yukon, le terrain est accidenté et ne permet pas la formation de tourbières » de dire M. Gignac. « C'est trop bien drainé. » Il y a des poches de tourbières dans le sud et le centre du Yukon. Par exemple, M. Gignac en a trouvé près de l'aéroport de Whitehorse, d'une épaisseur d'environ 1,5 mètre. Les tourbières les plus grandes qu'a trouvées M. Gignac, dans le cadre d'un levé réalisé à partir de la route, se situent au sud-ouest de Watson Lake et dans la région de Burwash-Beaver Creek. Toutefois, d'autres tourbières les déclassent facilement, comme celles du nord de l'Alberta, dont la superficie atteint souvent 9 km². Les tourbières sont des composantes importantes du climat mondial. Il s'agit d'un « réservoir de carbone » où le dioxyde de carbone est emmagasiné. Le dioxyde de carbone est un gaz à effet de serre et un facteur important du réchauffement de la terre. Les plantes absorbent le dioxyde de carbone. Lorsqu'elles meurent et se décomposent, le dioxyde de carbone est relâché dans l'atmosphère. Toutefois, dans une tourbière, les plantes en décomposition sont dans l'eau et celle-ci les isole de l'air libre et préserve le dioxyde de carbone. Un des effets prévus du réchauffement de la terre au Canada est un climat plus sec, ce qui pourrait avoir des effets dévastateurs sur les tourbières et libérer le dioxyde de carbone qu'elles contiennent. Lorsque la nappe phréatique disparaît et qu'une tourbière commence à s'assécher, la matière organique en décomposition est exposée à l'air et le dioxyde de carbone emprisonné se libère dans l'atmosphère. Le dioxyde de carbone, libéré des tourbières qui s'assèchent, pourrait contribuer à l'effet de serre. À certains endroits comme le nord de l'Alberta et certaines parties du bassin du Mackenzie, où des tourbières occupent de grandes étendues, l'assèchement de tourbières pourrait avoir de grandes répercussions sur la vie animale et végétale. Durant l'assèchement de la tourbière, les forêts commencent à prendre la place des marais. Graduellement, l'ancienne tourbière fait partie de la forêt. Les animaux de la forêt commence à habiter les environs, remplaçant les plantes et les animaux de la tourbière. Du même coup, des températures plus clémentes signifieraient des saisons de croissance plus longues et le dégel du pergélisol, ce qui résulterait en des tourbières plus grandes et plus riches qui s'étendraient peut-être jusqu'à l'Océan Arctique. Les plantes et les animaux qui dépendent de tourbières humides prendraient la place de ceux des tourbières moins humides et de la toundra. M. Gignac et de nombreux autres scientifiques ont mis sur pied une méthode de prédiction des changements dans la répartition des tourbières au cours des prochaines générations. Toutefois, selon M. Gignac, la méthode ne fonctionne pas au Yukon. « Je crois que les répercussions des changements climatiques au Yukon sont imprévisibles, principalement à cause des montagnes » de dire M. Gignac. Étant donné qu'une bonne partie du Yukon est à proximité de la région sous le vent abritée de la pluie de la chaîne côtière et de celle de Saint-Élie, le climat est beaucoup plus variable et difficile à prévoir qu'une région comme le bassin du Mackenzie, par exemple. Dans les quelques régions où il y a des tourbières de superficie relativement grande, comme la région entre Burwash Landing et la frontière de l'Alaska où il y a du pergélisol, M. Gignac prévoit des changements. « Il y a de grandes possibilités que le pergélisol dégèle dans ces régions » d'ajouter M. Gignac. « Nous ne savons pas quelles seront les répercussions : les tourbières seront-elles encore des réservoirs de carbone ou le carbone sera-t-il libéré? » Pour obtenir de plus amples renseignements sur les tourbières et les changements climatiques, s'adresser à Environnement Canada à Whitehorse ou par courriel à Dennis.Gignac@ualberta.ca. |
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