| Colonne 16 |
Les insectes du Yukon ne font pas que piquer |
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De nombreux Yukonnais jugent qu'ils en savent suffisamment à propos des insectes dans le territoire. Ils mordent et forment des essaims. La première vague de maringouins fait rage en juin et les mouches noires font de même en août.
Le livre Insects of the Yukon, qu'a publié la Commission biologique du Canada en 1997, est la plus importante publication de la Commission. Le livre compte plus de mille pages et représente plus de 20 ans de recherche. Il contient de l'information concernant plus de 2 700 espèces d'insectes. On y compte 913 espèces de coléoptères, 297 espèces d'araignées, 159 espèces d'acariens et 88 espèces de papillons. La Commission biologique a choisi le Yukon comme première région d'une étude approfondie de la population d'insectes, car c'est l'endroit parmi les régions principales du Canada où les insectes sont les plus méconnus. De plus, l'étude des insectes du Yukon permet de relever des indices sur la façon que se sont répartis les animaux, en Amérique du Nord et en Asie suivant la fin de la dernière époque glaciaire. « Environ 10% des insectes du Yukon sont des survivants de la Béringie » de dire H.V. Danks, coéditeur du livre. La Béringie couvrait l'est de la Sibérie, l'Alaska et le nord du Yukon. Cette région nordique n'a jamais été couverte de glaciers au cours de la dernière époque glaciaire. Elle a donc servi de refuge à de nombreuses espèces de plantes, d'animaux et d'insectes. Les insectes de la Béringie ne se sont jamais dispersés dans d'autres régions, même après le retrait des glaciers. Ils ont perfectionné leur habileté de vivre dans les conditions climatiques de l'Arctique, souvent de façon intéressante. Par exemple, on trouve au Yukon un nombre relativement élevé d'insectes munis d'ailes plus petites qu'à la normale, mais qui ne peuvent voler. On a relevé six espèces de papillons dans le Nord du Yukon qui ont cette caractéristique. M. Danks, entomologiste au Musée canadien de la nature, a dit que cette adaptation s'est probablement produite parce qu'il n'y avait pas de meilleur endroit où se rendre. En réduisant la taille de leurs ailes, les papillons pouvaient se servir de l'énergie économisée pour des fonctions plus importantes, comme la ponte des ufs. Il y a une autre adaptation propre aux insectes piqueurs. Environ 25% des mouches noires du Yukon et certains des maringouins ne se nourrissent pas de sang. Durant les longues périodes où la source de nourriture était plutôt rare, ces insectes ont probablement évolué en laissant tomber l'habileté de mordre. Pour compenser, ces insectes des hautes latitudes, qui se nourrissent de plantes, filtrent de la nourriture contenue dans l'eau pendant qu'ils sont encore à l'état de larves. Les mouches noires femelles peuvent se servir de cette réserve plus tard durant leur existence afin de produire des ufs. Les insectes piqueurs, quant à eux, ne sont pas en mesure de composer de telles réserves. Seulement 3% des mouches noires dans le reste du Canada se comportent ainsi, et on peut dormir sur ses deux oreilles car ces mouches ne changeront pas de menu subitement si elles vous aperçoivent. Elles ne sont pas en mesure de transpercer la chair. Il est à noter qu'il y a toujours un équilibre dans la nature, comme en témoignent nos étés nordiques courts qui limitent les nuées d'insectes piqueurs des plus nuisibles. Les insectes semblent se multiplier rapidement et en masse au début de l'été, étant donné qu'ils ont peu de temps pour se nourrir et se reproduire. M. Danks dit que la prochaine fois qu'on chasse des maringouins, il faudrait se rappeler que ceux-ci constituent la charnière de toute vie dans le Nord. Les insectes sont la source de nourriture principale des poissons du Nord. De plus, ils favorisent la croissance des jeunes oiseaux. « Les nuées d'insectes, particulièrement les moucherons, sont la raison de la migration nordique de nombreux oiseaux » de dire M. Danks. Cette abondance de nourriture aide les jeunes oiseaux à se développer rapidement. Même certains oiseaux qui se nourrissent de plantes, comme les canards, se nourrissent d'insectes pendant leur croissance. Étonnamment, les culicidés, qui comprennent les maringouins, ne sont mentionnés qu'une seule fois dans le livre. Bien que la majorité des Yukonnais placent les maringouins à la tête de la liste des insectes d'importance au Yukon, aucun spécialiste n'a choisi de se pencher sur cette famille particulière d'insectes. De nombreux insectes du Yukon n'ont pas encore été identifiés. M. Danks pense que la liste d'insectes pourrait doubler au cours d'autres recherches. Toutefois, même en ce moment, le nombre d'espèces d'insectes au Yukon surpasse celui de l'ensemble des espèces de mammifères du Canada dans une proportion de 30 contre 1. M. Danks dit qu'il est possible d'acquérir de nombreuses connaissances pratiques en étudiant les insectes. Ceux-ci sont sensibles aux changements environnementaux et peuvent aider à comprendre le fonctionnement des écosystèmes. Il suggère une démarche ascendante à la gestion des richesses, plutôt que de toujours étudier les animaux à la tête des chaînes alimentaires. « Seulement faire la gestion des ours et espérer que tout le reste sera correct ne fonctionne pas » a-t-il dit. L'étude des insectes permet de faire des découvertes détaillées. Les insectes sont des êtres vivants dont les comportements sont variés. Si un scientifique est intéressé à un domaine de recherche particulier, il y a quelque part des insectes qui s'y prêtent » d'ajouter M. Danks. Si vous considérez qu'à 95$ le livre Insects of the Yukon est trop cher, il est possible de l'emprunter à la Bibliothèque de Whitehorse. L'hiver est probablement la saison idéale pour observer de près les caractéristiques des insectes du Yukon, sachant qu'ils dormiront encore durant quelques mois. |
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