| Colonne 18 |
Beaucoup, beaucoup de lièvres! |
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Le coyote et le lynx se nourrissent du lièvre d'Amérique. Le lièvre se reproduit à un rythme effarant et ensuite sa population chute. Un an plus tard, c'est le nombre de coyotes et de lynx qui chute. Tous les dix ans le cycle se répète.
Le phénomène se produit dans l'ensemble de la forêt boréale et, jusqu'à tout récemment, il y avait des débats à n'en plus finir à propos des cycles. Mais maintenant, grâce au Kluane Boreal Forest Ecosystem Project (projet relatif à l'écosystème de la forêt boréale de Kluane), on en sait beaucoup plus sur la faune et la flore de la région de Kluane. Dans le cadre de ce projet d'envergure couvrant 350 km² près du lac Kluane, on a étudié l'interaction entre différents animaux et leur nourriture. Durant dix ans, jusqu'à 40 personnes ont travaillé au projet en été et environ 10 personnes y ont travaillé en hiver. Au total, plus de 150 personnes se sont consacrées à l'étude de ce territoire de la forêt boréale. Cette étude d'écosystème est probablement la plus complète jamais réalisée au Canada. M. Mark O'Donoghue, qui a participé au projet durant huit ans, a dit que les scientifiques ont étudié de nombreuses théories sur la nature des cycles du lièvre. Une des théories veut que les lièvres soient tellement nombreux qu'ils épuisent rapidement leurs abris et leurs sources de nourriture, ce qui les affaiblit considérablement et en fait une proie facile pour les prédateurs. Une autre théorie veut que le nombre de lièvres soit proportionnel au nombre de prédateurs. D'autres études semblent indiquer que les plantes jouent un rôle clé; en effet, on croit qu'elles se protègent en produisant une substance dont les lièvres n'aiment pas le goût. Les diverses expériences font ressortir l'effet important des prédateurs sur les cycles et, dans la région de Kluane, les scientifiques ont eu l'occasion d'étudier deux types de carnivores. M. O'Donoghue décrit les coyotes comme étant des « généralistes » typiques et les lynx comme des « spécialistes » typiques. Les coyotes ont étendu leur aire de répartition originale qui couvrait les Prairies. Ils ont atteint la région de Kluane au cours des années 1910 ou 1920. Étant donné que leurs pieds sont relativement petits, ils ne sont pas bien adaptés à la chasse dans la neige molle. Le lynx, quant à lui, a les pattes larges et longues et il est très bien adapté pour chasser le lièvre. Les deux animaux ont pratiquement la même aire de répartition et on a toujours cru que le lynx dépendait de sa proie de prédilection. Toutefois, il n'est pas facile de déterminer le fonctionnement d'un écosystème, surtout lorsque les prédateurs comme le coyote et le lynx parcourent de grandes distances. Dans la région de Kluane, la meilleure façon de comprendre l'écosystème est de passer beaucoup de temps sur le terrain. Les scientifiques ont parcouru 12 000 kilomètres à motoneige et 4500 kilomètres en raquettes à la recherche de pistes et de carcasses. Ils ont vérifié si les prédateurs ont dévoré leurs proies en entier et ont analysé les excréments. Chaque jour, ils parcouraient la route de l'Alaska à bord d'une camionnette munie d'un récepteur radio et étudiaient les déplacements des lièvres. Lorsque le signal du collier-émetteur d'un lièvre indiquait qu'il était mort, les scientifiques partaient à la recherche de la carcasse pour déterminer lequel des deux prédateurs était passé à l'attaque. Il s'agissait d'un travail où l'on employait de nombreuses personnes, mais on a obtenu beaucoup de données et de nombreuses conclusions intéressantes. D'abord les scientifiques ont noté que dans une région nordique comme celle-ci, les principes de généralistes et de spécialistes ne sont pas clairement définis. Généralement, on considère que les « spécialistes » ont de plus grandes répercussions sur les proies que les « généralistes » car ils ne se nourrissent que d'un type de proie. Toutefois, ce n'est pas exactement ce que les scientifiques ont découvert dans la région de Kluane. Lorsque le lièvre est moins abondant, le coyote chasse davantage le campagnol alors que le lynx traque l'écureuil roux. Il faut six écureuils pour obtenir la même quantité d'énergie qu'un lièvre. C'est pourquoi on pensait que le lynx retournerait au lièvre aussitôt que la population recommencerait à augmenter. Toutefois, le coyote est retourné au lièvre plus tôt que le lynx. Le lynx a continué à chasser l'écureuil roux bien après que la population de lièvre a recommencé à augmenter. « Cela change les données concernant le principe spécialiste/généraliste. Dans cette région, le coyote a de la difficulté à capturer d'autres types de proies, alors ici, du moins, le coyote est plus spécialisé que le lynx » de dire M. O'Donoghue. On a eu d'autres surprises de taille. Par exemple, les scientifiques ont appris que les deux prédateurs tuent plus de lièvres qu'ils n'en ont besoin pour survivre. De plus, leur taux de capture augmente à différents moments dans un cycle. En effet, le lynx tue plus de lièvres que nécessaire lorsque la population de lièvres diminue, alors que le coyote en tue davantage lorsque la population augmente. On a découvert que les coyotes attrapent les trois quarts de leurs proies tôt au début de l'hiver, lorsqu'il y a peu de neige. Ils cachent les proies supplémentaires et s'en nourrissent au besoin, plus tard en hiver. Habituellement, le lynx mange sa proie immédiatement, sachant que la neige épaisse ne l'empêchera pas d'avoir du succès à la chasse. Toutes les données font ressortir les répercussions d'envergure que les prédateurs ont sur le cycle du lièvre. Malgré tout le travail effectué dans la région de Kluane, on n'a pas trouvé toutes les réponses. Par exemple, on ne sait pas pourquoi le nombre de lièvres demeure bas durant de longues périodes, même après une diminution du nombre de prédateurs, ni pourquoi les cycles sont synchronisés en Amérique du Nord. Une chose est certaine. En ce moment, il y a de nombreux lièvres dans la forêt boréale. Le dernier point culminant a été atteint en 1990; le prochain ne saurait tarder et il sera suivi inévitablement d'une chute. M. O'Donoghue est en train d'écrire un chapitre sur le coyote et le lynx pour un livre qui paraîtra dans le cadre du Kluane Boreal Forest Ecosystem Project. Il est maintenant biologiste à Mayo et vous pouvez communiquer avec lui au bureau du ministère des Richesses renouvelables au (867) 996-2162. |
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