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Colonne 19 Les changements
climatiques affectent
les caribous
 
 

Brad Griffith pensait aux caribous alors qu'il se rendait à son bureau de Fairbanks un dimanche soir. Ce biologiste spécialisé dans l'étude des caribous a fait l'étude d'images-satellite pour tenter d'obtenir de l'information sur les terrains de mise bas des caribous de la harde de la Porcupine. Toutefois, il avait une autre préoccupation.

Le caribouDurant dix ans, M. Griffith a accumulé de l'information qui montre que le taux de survie des veaux de la harde varie grandement d'une année à l'autre. Le mois suivant la mise bas est une période cruciale dans la vie des veaux. Chaque année, la moitié des caribous qui meurent sont des veaux qui meurent en juin.

« Je me demandais ce qui se passait concernant la survie des veaux. Je pratiquais les activités typiques du biologiste de la faune, et j'essayais de voir si les ours étaient des prédateurs. Nous savions déjà que le climat commençait à se réchauffer dans le Nord. Alors, comment expliquer la situation? » de dire M. Griffith.

Par intuition, M. Griffith pensait peut-être que la végétation des terrains de mise bas était un facteur concernant la survie des veaux en juin. Une série d'images-satellite a confirmé sa théorie. Elle montrait que durant une période de dix ans la végétation printanière des terrains de mise bas poussait plus rapidement d'une année à l'autre, fournissant ainsi de la nourriture à une période importante pour les caribous.

Les caribous parcourent la côte de l'Arctique durant deux mois pour atteindre les terrains de mise bas. Les femelles caribous doivent se nourrir de nouvelles repousses pour survivre et produire du lait. Aux terrains de mise bas, les femelles se rassemblent aux endroits où la nourriture est en abondance.

Les aires de toundra où il y a de la nourriture en abondance comptent jusqu'à dix fois plus de caribous que les aires périphériques où il y a moins de nourriture.

M. Griffith a constaté que dans l'ensemble le taux de survie des caribous qui naissent où il y a de la nourriture en abondance est plus élevé que les autres qui naissent en périphérie de ces aires.

« J'ai examiné de près les données pour m'assurer que je n'obtiendrais pas de faux résultats, et j'ai parlé à tous les spécialistes d'images-satellite. Qui aurait cru qu'il serait possible de prédire le sort des jeunes caribous à l'aide d'une image- satellite? » de dire M. Griffith.

Le travail de M. Griffith montre clairement que les changements climatiques ont des répercussions sur la harde de caribous de la Porcupine. Étant donné que le climat est plus chaud, la végétation pousse plus tôt et plus rapidement. Ce sont des facteurs qui font augmenter le taux de survie des veaux.

Au cours des vingt dernières années, les températures estivales dans le Nord ont déjà augmenté d'environ 2°C. Les scientifiques prédisent que les effets du réchauffement de la terre seront plus grands sur les régions nordiques que sur les régions plus au sud. Le nombre de bêtes de la harde augmente depuis la fin des années 1970. On compte maintenant environ 160 000 bêtes, mais il est beaucoup trop tôt pour déterminer quels seraient les effets du réchauffement de la terre sur la harde.

Bien que la pousse hâtive de végétation puisse être un avantage attribué aux changements climatiques, il pourrait y avoir des effets négatifs. M. Griffith veut examiner les images-satellite pour voir si la végétation de la toundra sèche plus tôt qu'à l'habitude en été.

Les caribous doivent accumuler de la graisse pour l'hiver. Un manque de nourriture à la fin de l'été pourrait affecter la santé des femelles et diminuer leur capacité de mettre bas l'année suivante.

Certains scientifiques croient que le réchauffement de la terre pourra faire augmenter l'accumulation de neige dans le Nord. Si la neige est plus épaisse, les caribous passent plus de temps à creuser qu'à se nourrir. De plus, dans un climat plus sec en été, les insectes sont plus actifs. Parallèlement, le temps consacré à chasser les insectes diminue le temps consacré à se nourrir.

Les biologistes tentent de comprendre l'effet des facteurs mentionnés sur la taille de la harde. Le Service canadien de la faune et l'Institute of Arctic Biology de l'Université d'Alaska à Fairbanks ont mis sur pied un programme informatique qui aide à prévoir comment des changements dans certaines conditions pourraient affecter le nombre de naissances et le taux de survie des veaux.

Le programme montre que l'augmentation de l'épaisseur de la neige et le harcèlement des insectes entraîne une diminution du nombre de bêtes de la harde. De plus, à l'aide du programme, on étudiera les effets de la pousse hâtive de la végétation.

Une grande quantité de données peut servir étant donné que la harde de la Porcupine est la harde de caribous qu'on a le plus étudiée au monde. La controverse relative à l'exploitation des ressources sur les terrains de mise bas de la côte de l'Arctique en Alaska est à la base des efforts de recherche dans la région.

Ces animaux sont très attachés à leurs terrains de mise bas, et les peuples comme celui des Gwitchin, dont la survie dépend de la harde, craignent le pire si l'habitat, des plus cruciaux, est exploité. Alors qu'on s'interroge de plus en plus sur les changements climatiques, l'inquiétude augmente par rapport au bien-être à long terme de la harde.

Concernant la capacité des caribous à s'adapter à un climat plus chaud, M. Griffith mentionne que les caribous ont survécu l'extinction d'espèces au Pléistocène. Presque tous les mammifères qui habitaient le Nord au cours de l'époque glaciaire ont disparu après que le climat s'est réchauffé. Toutefois, les caribous ont survécu et se sont développés. Aujourd'hui, l'aire de répartition des caribous couvre tout le Nord circumpolaire.

M. Griffith compare le caribou à un autre membre de la famille des cervidés. Il dit que le cerf-mulet ne change pas de secteur et meurt de faim lorsque son habitat est modifié, mais le caribou est habitué de parcourir de grandes distances. La femelle caribou moyenne parcourt environ 2700 kilomètres par année.

« Chaque année, les caribous peuvent trouver des aires d'alimentation de qualité. Ils ont une bonne capacité d'adaptation » d'ajouter M. Griffith.

M. Griffith travaille au Fish and Wildlife Research Unit du United States Geological Survey, en Alaska. Pour obtenir de plus amples renseignements concernant la harde de caribous de la Porcupine, communiquez avec le Service canadien de la faune, à Whitehorse. Il est possible de consulter une version simplifié du programme informatique relatif aux répercussions des changements climatiques sur le caribou au site Web Taiga Net.

 

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