| Colonne 21 | Les cycles des glaciers |
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Habituellement, l'extrémité du glacier Lowell se situe au bord de la rivière Alsek. Les icebergs du glacier croulent dans la rivière à un endroit qui ressemble à une baie et qu'on appelle le lac Lowell. Parfois, le glacier avance davantage et bloque la rivière Alsek, créant ainsi un grand lac glaciaire. Jusqu'à 1852, le lac glaciaire Alsek était d'une longueur de 100 kilomètres et d'une profondeur de 100 mètres; il était donc plus grand que le lac Kluane. Lorsque le barrage de glace s'est rompu, une grande quantité d'eau a été relâchée dans la rivière Alsek. Les récits autochtones font état de la noyade d'un groupe tlingit qui campait au confluent des rivières Alsek et Tatshenshini. Si la localité de Haines Junction avait existé à cette époque, elle aurait été inondée. De plus, environ 15 kilomètres de la route de l'Alaska auraient été inondés. Le glacier Lowell avance tous les 15 ou 20 ans et cette rivière de glace a encore fait des siennes l'hiver dernier. La dernière crue du glacier remonte à 1997 lorsque le lac Lowell a pratiquement été bouché. Le glacier a reculé l'été suivant. Il a encore été en crue l'hiver dernier, mais pas aussi loin qu'en 1997. Certaines personnes se demandent si ces mouvements pouvaient encore entraîner une hausse du niveau du lac glaciaire Alsek. Cette préoccupation peut être justifiée. En flanc de montagne de la vallée de l'Alsek, de longs replats portent les marques de vagues qui ont frappé la rive et, on trouve du bois de grève. Personne ne sait combien de fois le lac glaciaire a rempli la vallée, mais il est clair que le lac s'est rempli à divers niveaux au cours du dernier millénaire. Toutefois, selon Garry Clarke, glaciologue à l'Université de la Colombie-Britannique, les résidents de Haines Junction n'ont pas besoin d'acheter une assurance-inondation spéciale. « Je crois qu'il est presque impossible qu'un lac puisse se former car il n'y a pas assez de glace pour former un barrage élevé. Le volume du glacier est beaucoup moins grand que par le passé » d'expliquer M. Clarke. Le dernier grand lac s'est formé durant une période généralement froide vers la fin du Petit âge glaciaire au Yukon. Les glaciers des monts St-Élie étaient beaucoup plus vastes durant cette période. Toutefois, M. Clarke n'écarte pas la possibilité qu'un petit lac puisse se former dans la vallée de l'Alsek. « Un tel lac ne serait pas visible de Haines Junction et la rivière ne serait renflouée que de quelques dizaines de kilomètres. De plus, la débâcle glaciaire du petit lac ne pourrait être comparée à celles des lacs glaciaires à grand volume d'eau » d'ajouter M. Clarke. M. Clarke a mentionné qu'il y a des preuves qu'un petit lac glaciaire s'est formé durant le XXe siècle. On a trouvé de vieux skis sur une plage dans la vallée, ce qui montre qu'un lac aurait pu se former dans les années 20. Les glaciers en crue semblent s'avancer subitement de façon régulière, peu importe le climat. Lors de la dernière crue du glacier Steele, dans les années 1960, le glacier a avancé de plus de huit kilomètres en deux ans, parcourant plus d'un mètre à l'heure à l'occasion. M. Clarke étudie les glaciers de la région de Kluane depuis 1962. Habituellement, il passe le mois de juillet sur le glacier Trapridge qui communique avec le glacier Steele. Il dit que presque tous les grands glaciers de la région de Kluane sont en crue durant des périodes relativement faciles à prévoir. Toutefois, les glaciologues ne sont pas certains de la raison des crues. Il y a environ 250 glaciers en crue en Alaska et au Yukon, mais aucun dans les régions érodées par la glaciation comme la chaîne côtière, les montagnes Rocheuses, les Alpes et la Scandinavie. Dans les monts St-Élie, le climat ne semble pas contrôler les mouvements des glaciers en crue car ceux-ci se trouvent à la fois dans le climat maritime tempéré de la côte et le climat sec et froid de l'intérieur. M. Clarke dit que les précipitations et la température n'ont peut-être pas d'effet sur la crue des glaciers, mais qu'il est possible que la géologie joue un rôle important. « Les glaciers sur un substrat sédimentaire sont plus susceptibles d'être en crue que ceux sur un substrat rocheux. Il semble que de la friabilité de la moraine sous la glace soit une bonne condition de crue » de dire M. Clarke. La clé d'un glacier en crue semble être l'accumulation d'eau sous le glacier. Si l'eau ne peut s'échapper en coulant sous la glace ou s'infiltrer dans la terre, le glacier peut être en crue sur le « coussin » d'eau. Ce qui enclenche la crue est l'emprisonnement de l'eau. Quelques millilitres d'eau sous pression suffisent. Lorsque l'eau arrive à se libérer de l'emprise du glacier, cela peut mettre fin à la crue. « Il y a une inondation à la fin de la crue. Le glacier rejette l'eau et la crue se termine » d'expliquer M. Clarke. Au printemps et la l'été, il peut y avoir beaucoup d'eau dans les champs de glace. Lorsque la neige sur le dessus du glacier fond, l'eau s'infiltre dans les crevasses. Alors, comment expliquer une crue au cur de l'hiver? Les crues en hiver sont des plus intéressantes car la théorie de l'eau ne tient plus. Il n'y a pas d'écoulement d'eau ou du moins très peu. « Si un glacier bouge en hiver, la friction engendre de la chaleur. Ainsi, le glacier produit de l'eau, et durant l'hiver l'eau ne peut s'échapper » de dire M. Clarke. M. Clarke dit que la fonte du printemps pourrait arrêter la crue du glacier Lowell cet été. Lorsque des quantités d'eau s'infiltreront dans le glacier, un meilleur écoulement peut se produire sous le glacier et libérer l'eau. Ce phénomène n'est pas inhabituel. Des crues peuvent toujours se produire. Toutefois, il peut y avoir plus de crues sur le glacier Lowell durant l'hiver et le tout peut subitement s'arrêter. Il est possible de s'adresser à Garry Clarke au département des sciences de la terre et de l'océanographie, à l'Université de la Colombie-Britannique. En été, il travaille au Arctic Institute, au lac Kluane. |
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