| Colonne 24 | Secrets enfouis dans le sol |
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Pour extraire le gravier aurifère du Klondike, il faut d'abord enlever une couche de limon épaisse qu'on trouve dans la plupart des vallées.
L'été dernier, on a découvert un paléosol dans le Klondike, une version scientifique d'un gisement riche. Scott Smith est un des rares scientifiques qui étudient les paléosols. Il s'occupait d'un projet au Klondike lorsqu'il a entendu parler de la découverte d'un paléosol sur une concession de la région. Avant que M. Smith visite les lieux, le mineur qui a fait la découverte avait enlevé une partie du limon et avait mis à découvert des souches d'une forêt probablement âgée de plusieurs milliers d'années. Les souches, encore enracinées dans le sol de la forêt ancienne, étaient celles de grandes épinettes, probablement d'épinettes blanches. On n'a pas encore déterminé l'âge du bois, mais M. Smith estime que les arbres étaient en vie entre les deux périodes glaciaires majeures du Yukon. M. Smith dit qu'il n'a jamais vu de telles souches de cette période interglaciaire qui a pris fin il y a environ 30 000 ans. Au cours de la dernière époque glaciaire, de grands glaciers ont couvert la plus grande partie du Yukon, sauf les régions du nord et du centre. Le Klondike faisait partie de la Béringie, une grande région libre de glaciers qui s'étendait de la Sibérie au fleuve Mackenzie. Si des glaciers avaient érodé le sol du Klondike, les concentrations d'or placérien auraient été dispersées et les paléosols bien préservés auraient été transformés. Bien qu'on sache qu'il y avait des forêts dans le Klondike durant la période interglaciaire, on pensait que celles-ci étaient clairsemées et qu'elles s'étaient transformées en toundra quand les conditions climatiques devinrent plus rigoureuses. La découverte de la forêt, enfouie sous le sol, pourrait aider à esquisser un nouveau portrait de la région durant les époques glaciaires. Le limon, qui a aidé à la préservation de la forêt ancienne, demeure également un mystère, mais il est généralement reconnu que le limon est le produit du lss (un dépôt pulvérulent d'origine éolienne) qui, à une certaine époque, couvrait une grande partie de la Béringie. Les scientifiques pensent que le lss a causé l'érosion des hautes terres et qu'il s'est accumulé dans les vallées où il a gelé, préservant toute matière organique. Habituellement, dans le but de déterminer quelles plantes ont déjà poussé dans une région, les scientifiques font une analyse pollinique et non une analyse de souches. Le pollen peut garder sa forme caractéristique durant des millions d'années et peut servir à déterminer le genre de plantes. Les scientifiques peuvent déterminer quels animaux ont habité la région. Ils cherchent des os mélangés à la terre. Les os qu'on trouve le plus fréquemment sont ceux de petits animaux comme le lemming et le spermophile. Des fragments de coquilles de coléoptère sont également de bons indicateurs, car les coléoptères habitent dans des habitats spécifiques. Les spécialistes des sols comparent les paléosols aux sols modernes dans le but de déterminer les conditions climatiques dominantes lorsque les sols étaient encore actifs. Par exemple, s'ils trouvent des paléosols dont l'humus a été mélangé, ils savent qu'il s'agit de gélisols, sols formés par le mouvement du pergélisol. À l'opposé, on trouve les podzols, de couleur rouge brillant, typiques des forêts humides. « Il est possible de voir ces sols dans les climats humides du monde entier » de dire M. Smith. Pour chaque type de sol, il est possible d'y accoler un climat spécifique. M. Smith dit qu'il a vu les fossiles les plus extraordinaires sur l'île Axel Heiberg, à l'ouest de l'île Ellesmere, à 800 de latitude nord. Il y a dix ans, il a eu l'occasion d'étudier une forêt fossilisée découverte à cet endroit. La forêt caducifoliée était composée de métaséquoias, des ancêtres des séquoias actuels de la Californie. « Ce qu'il y a de plus incroyable est qu'anciennement il y avait une grande forêt dans l'extrême arctique, où les arbres avaient un diamètre de un mètre » d'ajouter M. Smith. Les arbres poussaient dans une forêt marécageuse où il y avait des fougères et d'autres végétaux luxuriants. Bien que le climat aurait été plus chaud qu'aujourd'hui, la longueur des journées aurait été la même. Par année, il y aurait eu trois mois de clarté en été et trois mois de noirceur en hiver. Les paléosols et les forêts fossilisées étaient bien préservés car ils étaient situés à un delta, au pied d'une chaîne de montagnes élevées. Des inondations périodiques auraient couvert le sol des forêts avec des sédiments des montagnes, ce qui aurait préservé la matière organique. « Il est possible de trouver du bois fossilisé qui semble être vieux de dix ans et qu'on peut même brûler » de dire M. Smith. Jusqu'à l'année dernière, M. Smith avait un emploi avec Agriculture Canada au Yukon. Il travaille maintenant au Pacific Agri-Food Research Centre à Summerland, en Colombie-Britannique, mais il continuera de venir dans le Nord régulièrement pour étudier les paléosols. Pour obtenir de plus amples renseignements, n'hésitez pas à lui envoyer un courriel (smithcas@em.agr.ca). |
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