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Colonne 29 Élever un caribou,
pas une mince affaire
 
 

Ce caribou femelle a perdu son petit peu après la mise bas (photo : Don Russell)Élever un petit n'est pas une mince affaire dans la harde de caribous de la Porcupine.

Ces animaux vivent dans un environnement inhospitalier où les étés sont courts, les hivers longs et froids et où ils doivent parcourir de grandes distances pour trouver suffisamment de nourriture au fil des saisons.

La survie entraîne parfois des choix difficiles et pour un caribou femelle, cela peut vouloir dire sevrer son petit à un moment inapproprié.

Parfois, une femelle accorde la priorité à elle-même et sèvre prématurément son petit. D'autres fois, elle allaite plus longtemps qu'à la normale, mais cela peut avoir des répercussions négatives sur elle-même.

Don Russell, du Service canadien de la faune, et Bob White, chercheur à l'Université de l'Alaska à Fairbanks, ont étudié le sevrage dans la harde de caribous de la Porcupine durant six ans. Ils se sont servis des données obtenues sur le terrain afin de déterminer le profil des différentes façons dont les caribous femelles de l'Arctique sèvrent leur petit.

Les biologistes veulent ainsi définir les comportements de sevrage types pour être en mesure de prédire les répercussions du réchauffement de la Terre et du développement industriel sur les caribous.

Durant une année type, la nourriture est abondante, les moustiques ne sont pas trop nuisibles et la maladie ne fait pas rage dans la harde. Dans un tel contexte, les caribous femelles allaitent leurs petits au cours de l'été et les sèvrent durant la saison du rut, à l'automne.

Toutefois, lorsque les temps sont difficiles, les caribous femelles peuvent pallier la situation en sevrant leur petit plus tôt ou plus tard qu'à la normale, le moment du sevrage dépendant, semble-t-il, de deux facteurs clés, soient les protéines et la graisse.

M. Russell a expliqué qu'une fois que le caribou a emmagasiné suffisamment de calories pour satisfaire ses besoins de base, l'énergie en surplus est consacrée à la croissance et à la reproduction.

« Il semble que l'énergie en surplus est d'abord consacrée à l'emmagasinage de protéines et ensuite à la production de lait pour le petit et de graisse pour la femelle » d'ajouter M. Russell.

Durant l'étude, les biologistes ont capturé et mesuré des caribous femelles et leur petit à différentes périodes de l'année, en commençant au début de l'été. Ils ont fait l'étude de femelles avec et sans petit. À l'automne, à l'hiver et au printemps, ils ont recapturé le plus grand nombre possible de caribous portant des colliers-émetteurs.

À partir d'un hélicoptère et à l'aide d'une carabine, ils projettent un filet sur la partie avant du caribou, immobilisant ainsi la bête par le panache et les pattes.

Les chercheurs ont ensuite pesé les caribous et déterminé la teneur en graisse des hanches, du garrot et des côtes.

Ils ont également pris des échantillons de lait afin de déterminer l'état de lactation et la teneur en protéines et en gras du lait.

Juin est un mois crucial pour les caribous femelles et leur petit, et des études ont révélé qu'il y a un lien direct entre la quantité de nouvelles pousses vertes sur les terrains de mise bas et le pourcentage de petits qui réussissent à atteindre l'âge d'un mois.

Si la femelle sèvre son petit en juin, c'est qu'elle n'emmagasine pas assez de protéines quotidiennement. Le petit mourra, mais la mère aura probablement de meilleures chances de devenir gestante à l'automne. Le même scénario s'applique aux femelles qui sèvrent leur petit en juillet.

En été, les femelles ajoutent habituellement 30 grammes de protéines par jour à leur poids, qu'elles soient allaitantes ou non. La harde se déplace constamment durant cette période et il y a habituellement de la nourriture en abondance, alors les chercheurs supposent que les accidents et les maladies empêchent les femelles d'emmagasiner suffisamment de protéines.

Si la femelle et son petit survivent jusqu'à l'automne, la graisse devient l'élément de survie clé. Les femelles qui n'ont pas accumulé suffisamment de graisse à la fin de l'été sèvreront probablement leur petit au début de septembre, réduisant ainsi les chances de survie de celui-ci.

Normalement, le sevrage se tient au début d'octobre, mais parfois les petits dénutris continueront de se nourrir de lait durant l'hiver. Bien que cette période de lactation prolongée ne soit pas rare dans la harde de caribous de la Porcupine, les chances que les femelles deviennent gestantes sont habituellement réduites.

« Si un petit est sous-développé, il peut se nourrir avec agressivité » de dire M. Russell. Bien qu'un tel jeune caribou survive habituellement à l'hiver, les femelles sont la plupart du temps affaiblies à cause des exigences de lactation additionnelles.

Les caribous habitent le Nord depuis plus d'un million d'années et se sont bien adaptés afin de survivre. MM. Russell et White espèrent que leur recherche les aideront à prédire les répercussions qu'auront le réchauffement de la Terre et le développement industriel sur la harde.

« Il s'agit du processus naturel, mais les pressions que peuvent exercer le développement industriel et les changements climatiques peuvent entraîner des carences alimentaires chez les caribous et, par conséquent, réduire les chances de survie » de dire M. Russell.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez vous adresser au Service canadien de la faune au 393-6700. Vous trouverez également de l'information additionnelle sur la harde de caribous de la Porcupine au http://www.taiga.net/caribou/.

 

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