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Colonne 32 Les orignaux
s'amènent au Nord
 
 

Personne n'oserait dire que l'orignal a les traits d'une espèce animale de l'Arctique. Ce cervidé est habituellement décrit comme un « spécialiste » de la forêt boréale qui se régale de brindilles et de broussailles.

Toutefois, au cours des dix dernières années, de plus en plus d'orignaux ont été aperçus sur le Versant nord du Yukon, dans les vallées, et même sur le bord de la mer de Beaufort en été.

En mars dernier, des biologistes ont confirmé que les populations d'orignaux sont en expansion dans le nord du Yukon. Un second dénombrement effectué dans la partie nord des monts Richardson et sur la plaine côtière adjacente a confirmé que le nombre d'orignaux a grimpé de 67 p. 100 depuis le dénombrement de 1989.

L'aire de répartition n'est toutefois pas uniforme dans l'ensemble de la toundra et sur les flancs de montagne typiques de la région. Les orignaux fréquentent essentiellement les ruisseaux et les plaines alluvionnaires, et la densité de population est presque cinq fois plus forte que dans le reste du Yukon.

« Ce que nous avons constaté est que la densité des populations d'orignaux est relativement faible dans l'ensemble de la région, mais dans l'habitat qui convient à l'orignal, la densité est très très forte », a dit Rick Ward, spécialiste de la gestion des populations d'orignaux, au ministère des Richesses renouvelables du Yukon.

Dans l'ensemble de la région étudiée, on a compté environ 48 orignaux par 1000 kilomètres carrés; dans les habitats qui conviennent à l'orignal, la densité passait à 730 bêtes par 1000 kilomètres carrés. Il s'agit d'une des plus fortes densités dans le territoire.

« Les habitats où on trouve des orignaux sont de grande qualité. Il s'agit surtout d'habitats riverains où il y a une abondance de plantes de broutage comme l'épilobe et des concentrations d'épinettes qui fournissent un bon abri durant l'hiver », a dit M. Ward.

Le dénombrement des populations mené en 1989 a été réalisé selon les termes de la Convention définitive des Inuvialuit, et une étude réalisée à l'époque a révélé que les populations d'orignaux de la région sont vulnérables à la surchasse et au développement étant donné que l'espace habitable est très limité.

Lorsque les biologistes sont retournés dans la région pour effectuer un nouveau dénombrement, principalement financé par les Inuvialuit, on ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. Au milieu des années 1990, un grand nombre d'orignaux ont péri sur le Versant nord de l'Alaska, mais la cause n'a pas été déterminée.

Les biologistes ne peuvent expliquer pourquoi les populations d'orignaux se portent aussi bien au-delà du cercle polaire arctique. Une des hypothèses est le nombre possiblement moins élevé de loups qui chassent l'orignal dans la région, comparativement au sud du Yukon.

Non seulement la densité des populations de loups dans le nord du territoire est plus faible qu'ailleurs au Yukon, mais on pense que le loup préférerait se nourrir de caribou plutôt que d'orignal.

« En général, les prédateurs comme le loup se font une image de leur proie. Ils savent ce qu'ils cherchent et à première vue, ils ne considèrent peut-être pas l'orignal comme une proie », a ajouté M. Ward.

Il est possible que les changements climatiques soient également un facteur dans l'augmentation du nombre d'orignaux dans la région. M. Ward pense que l'habitat de l'orignal et l'orignal lui-même pourraient possiblement servir de baromètres en matière de changements climatiques dans la région. On s'attend à ce que les effets du réchauffement de la terre soient prononcés dans le nord du Yukon, ce qui entraînerait des augmentations de température et de plus grandes accumulations de neige en altitude.

Dans le sud du territoire, on sait que l'aire de répartition de l'orignal a changé grandement au cours des derniers siècles. Selon les connaissances traditionnelles et les observations des premiers commerçants, l'orignal était rare dans le sud du Yukon au milieu des années 1800, alors que le caribou y abondait.

L'orignal du nord du Yukon est une sous-espèce différente de celle du sud du territoire. Son nom scientifique est Alces alces gigas et cette sous-espèce a évoluée dans la Béringie, une région libre de glace au cours de la dernière époque glaciaire. On en connaît toutefois peu sur l'histoire récente d'Alces alces gigas.

Bien qu'on ait trouvé de nombreux objets faits d'os de caribou dans le nord du Yukon, il y a peu d'outils ou d'autres objets faits d'os d'orignal. Le caribou demeure le gros gibier de prédilection des chasseurs du nord du territoire et l'orignal des monts Richardson est peu chassé.

M. Ward n'attribue pas l'augmentation du nombre d'orignaux dans le nord du territoire à une migration de ces bêtes vers le nord. Il pense plutôt que l'aire de répartition du cervidé est en expansion. Le dénombrement de 1989 a révélé que la plupart des orignaux de la région habitaient sur le versant sud des monts Richardson, mais aujourd'hui, de plus en plus de bêtes fréquentent le versant nord à l'année. On a même vu des orignaux passer l'hiver sur la plaine côtière.

L'orignal des monts Richardson demeure vulnérable à l'intensification de la chasse et à l'aménagement de son habitat. Toutefois, si la situation reste identique, apercevoir un orignal sur le Versant nord du Yukon pourrait devenir une image plutôt habituelle dans l'Arctique.

Pour obtenir de plus amples renseignements sur la gestion des populations d'orignaux au Yukon, veuillez téléphoner à Rick Ward au 667-5652 ou lui écrire à l'adresse électronique rick.ward@gov.yk.ca.

 

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