| Colonne 39 |
Les saumons fossilisés détiennent la clé des cycles |
|
| |
||
|
En ce moment, une équipe de chercheurs est en train de déterminer que quelques-unes des pistes les plus prometteuses sont enfouies dans la boue, plus précisément dans les carcasses décomposées de vieux saumons qui tombent en pourriture au fond de plusieurs lacs en Alaska. Les chercheurs canadiens et américains ont analysé des carottes de sédiments de cinq lacs et leur travail révèle que les immenses revirements dans les populations de saumons n'ont rien de nouveau. « Il y a deux mille ans, à l'époque de Jésus-Christ, il y a eu un déclin spectaculaire du saumon, contrairenent à tout ce que nous avons vu dans les pêcheries modernes. Les êtres humains ont sans aucun doute influé sur les populations, mais lors des débuts de la pêche commerciale, la population de saumons se trouvait au niveau le plus élevé connu depuis des milliers d'années. Nos attentes ont peut-être été faussées », mentionne John Smol, professeur de biologie à l'Université Queen's. M. Smol a fait une présentation lors de l'assemblée générale annuelle de l'Association canadienne pour l'étude du Quaternaire qui s'est déroulée à Whitehorse en août 2001. Il fait partie d'une équipe qui a localisé des diatomées, des isotopes d'azote et des invertébrés dans des sédiments de lacs de nourriceries de saumons sur l'île Kodiak et près de la baie Bristol, dans le sud-ouest de l'Alaska. Les chercheurs ont augmenté nos connaissances historiques sur les saumons et ont découvert que les changements climatiques ont influé sur le nombre de saumons, bien avant que les êtres humains commencent à lancer leurs filets dans l'eau. Pour la grande part, la recherche s'est déroulée sur le site du lac Karluk sur l'île Kodiak, une nourricerie d'eau douce importante pour le saumon rouge. C'est en 1882 que la pêche commerciale a commencé dans la région et les données historiques indiquent que les prises de saumons ont commencé à diminuer peu de temps après. Bien que la surpêche ait influencé les diminutions du vingtième siècle, les premiers travaux des chercheurs ont indiqué que le nombre de saumons a aussi diminué durant les deux périodes froides au début des années 1700 et 1800. D'autres sources, telles que les analyses d'anneaux de croissance et les registres des températures de la surface de la mer, confirment que ces périodes étaient plus froides que la normale. « L'un des grands problèmes avec le travail sur le saumon est que l'information actuelle porte sur la période de pêche. On peut lancer bien des accusations quand il est question des stocks de saumons, mais seules les données sur les fossiles nous permettent de remonter dans le temps et de voir comment se portaient les populations avant le début de la pêche. » Les saumons possèdent des niveaux élevés de l'isotope d'azote N15 stable, parce qu'ils se nourrissent près du sommet de la chaîne alimentaire et prennent du poids surtout dans l'océan. En mesurant les niveaux de N15 dans les sédiments lacustres, les chercheurs peuvent déterminer combien de saumons reviennent « à la maison » pour frayer. Les chercheurs analysent aussi quelles espèces de diatomées de fossiles sont présentes à des périodes différentes, car ces micro-organismes sont des indicateurs de la qualité de l'eau. Leur première recherche sur les cinq lacs a fait reculer de 300 ans les données sur les fossiles et a été publiée l'année dernière dans le journal Science. Depuis, les chercheurs ont réussi à établir un dossier d'échantillonnages de 2 000 ans à partir de trois des lacs originaux, ce qui a révélé encore plus de cycles impressionnants au cours de cette plus longue période. Même si le nombre de saumons s'est redressé dans les années 1900, les échantillonnages de sédiments n'ont pas fait état de cette augmentation. Quand la pêche a commencé pour de bon, les saumons ont cessé de produire du N15 au fond du lac. Ce changement a eu des répercussions dépassant les découvertes scientifiques. « On raconte des histoires sur la façon dont les gens fertilisaient leurs champs avec des poissons », mentionne M. Smol. « Quand les saumons meurent, leurs carcasses ajoutent de l'engrais dans les lacs. Dans certains lacs, plus de la moitié des substances nutritives proviennent des saumons morts. » Les chercheurs suggèrent que les substances nutritives des carcasses de saumons aident à augmenter la productivité du saumon dans les lacs pauvres en substances nutritives, comme le Karluk. Ces substances sont absorbées par les algues qui sont ensuite mangées par le zooplancton, une proie importante pour les jeunes saumons. Les chercheurs ont aussi analysé le zooplancton fossilisé découvert dans les sédiments et ces résultats correspondent aux tendances déduites des autres indicateurs. Les chercheurs ont trouvé que les remontées des saumons du nord étaient plus grandes lorsque le climat était chaud. Un nombre plus élevé de remontées de saumons signifie qu'un plus grand nombre de carcasses se décomposent dans les lacs, entraînant des niveaux de substances nutritives plus élevés. M. Smol mentionne que le travail de son équipe pourrait avoir des répercussions précises pour la gestion des pêches, ce qui suggère un besoin de politiques flexibles qui tiennent compte des niveaux de substances nutritives dans le climat et dans les lacs. M. Smol remarque aussi qu'il n'existe aucune garantie que les lacs situés plus au sud du long de la côte du Pacifique suivent la même tendance que les lacs de l'Alaska. Des changements importants de régimes dans l'océan Pacifique nord ne suivent peut-être pas les mêmes cycles que ceux des eaux plus au sud. M. Smol et ses collègues aimeraient échantillonner les lacs du long de la côte du Pacifique. Avec des données prélevées dans plusieurs emplacements, ils seraient en mesure de déterminer si les divers stocks de saumons ont suivi les mêmes cycles. Il espère aussi qu'ils pourront éventuellement creuser encore plus profondément dans les fonds des lacs et approfondir encore plus leur recherche. « Le but à long terme est un dossier de 12 000 ans, au moment où les saumons sont arrivés », mentionne-t-il. Vous pouvez communiquer avec le professeur Smol à smolj@biology.queensu.ca. |
||
|
|
|