| Colonne 40 |
Les touladis travaillent pour garder leur sang-froid |
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Comparativement aux autres grands lacs du sud du Yukon, le lac Dezadeash est une grande cuvette peu profonde, avec des eaux atteignant à peine sept mètres de profondeur et des températures de l'eau en surface pouvant atteindre 18°C et plus durant l'été. L'été dernier, Jody Mackenzie-Grieve, étudiante diplômée de la University of Calgary, a étudié les touladis du lac Dezadeash. Elle a essayé de déterminer quels étaient leur endroits de prédilection. On a souvent vu les touladis se regrouper dans des zones où les cours d'eau froide se déversent dans le lac. Mme Mackenzie-Grieve veut découvrir si ce petit supplément d'eau glaciale constitue l'explication de la survie des touladis dans le lac Dezadeash. Elle espère que ses données permettront de prédire ce que réserve l'avenir à cette population de poissons. En général, les changements climatiques sont censés augmenter les températures de l'eau en surface d'environ cinq degrés. Un changement de cette envergure peut représenter de graves problèmes pour des poissons qui doivent déjà affronter des conditions moins qu'idéales. On pense généralement que les touladis préfèrent une gamme de températures de 8 à 12 degrés celsius et qu'ils ne peuvent survivre dans des eaux dépassant 23,5°C. L'été dernier, au lac Dezadeash, la moyenne de la température de l'eau en surface se situait à environ 14 degrés. Au cours des années, les scientifiques ont enregistré des températures de surface atteignant plus de 20 degrés. Mme Mackenzie-Grieve souligne que la majorité des connaissances sur les touladis proviennent d'études effectuées en Ontario. On a effectué très peu de recherches sur ces poissons dans le Nord. Parce que les poissons d'eaux froides, comme les touladis, peuvent être très vulnérables aux changements climatiques, la priorité de recherche a changé de cap. Une gamme d'organismes gouvernementaux et non gouvernementaux ont financé le travail de Mme Mackenzie-Grieve. Afin de suivre les poissons de près, Mme Mackenzie-Grieve a posé des radioémetteurs sur 20 touladis du lac Dezadeash et 19 émetteurs sonars sur les touladis du lac Kathleen, lequel sert de lac de contrôle. Comme les émetteurs comprennent des sondes thermiques, la chercheure peut aussi déterminer la température de l'eau quand les poissons sont localisés. Les eaux profondes et froides du lac Kathleen offrent un environnement plus typique pour les touladis, car les températures de surface de ce lac n'ont jamais atteint plus de 11 degrés l'année dernière. Les touladis se cachent dans les profondeurs du lac et sont tellement insaisissables que Mme Mackenzie-Grieve n'a jamais été en mesure d'attraper le 20e poisson pour lui poser un émetteur. Mme Mackenzie-Grieve mentionne qu'elle a essayé d'attraper le dernier poisson durant plusieurs journées, mais il ne mordait pas. Au lac Dezadeash, elle a suivi les émetteurs des poissons par bateau et puis par avion. Du haut des airs, elle pouvait clairement apercevoir les touladis, surtout les plus gros, qui cherchaient les eaux les plus froides possible. « Les poissons se regroupaient aux affluents d'eau froide dont les températures varient entre trois et cinq degrés. Certaines journées, on aurait dit que 40% de la population s'y trouvait. Il n'y a qu'un mètre de profondeur, alors on peut très bien les apercevoir », mentionne Mme Mackenzie-Grieve. Elle souligne également qu'il est évident qu'il existe un ordre social, car les gros touladis dominaient les meilleurs endroits d'eau froide. Les petits poissons restaient dans les eaux plus tièdes. Elle mentionne que les touladis sont très territoriaux. Les chercheurs ont observé le regroupement d'une seule autre population de touladis et ce, en Ontario, dans la partie sud de l'aire de répartition de cette espèce. Mais les touladis ne passent pas tout leur temps regroupés à l'embouchure de ces cours d'eau. Mme Mackenzie-Grieve avait initialement planifié de déterminer le domaine vital de ces poissons, comme on le fait habituellement pour des espèces terrestres, comme le caribou et l'orignal, mais elle s'est vite rendu compte que cette approche n'était pas pratique, car les poissons dotés d'émetteurs nageaient partout dans le lac. Mme Mackenzie-Grieve mentionne que, en général, il y avait tellement de mouvement que le lac entier aurait pu être leur domaine vital. Elle espère continuer son étude l'année prochaine, mais d'après ce qu'elle a observé jusqu'à maintenant, les changements climatiques augurent mal pour cette population de poissons inhabituelle. Des plaques de neige alimentent maintenant les cours d'eau froide se jetant dans le lac Dezadeash et d'autres plaques fondent déjà rapidement dans le sud du Yukon. « Je crois qu'il existe une possibilité réelle de disparition éventuelle des plaques de neige. Cela signifie que, à long terme, la nature relativement constante des affluents d'eau froide disparaîtra aussi ou diminuera grandement », souligne Mme Mackenzie-Grieve. Pour terminer, peu importe ce que réserve l'avenir à ces poissons, les gestionnaires des pêches sont déjà préoccupés par cette population fragile, car elle est très vulnérable à une surpêche. « Le besoin de respecter les poissons quand ils se regroupent à l'embouchure des ruisseaux est réel, car c'est à ce moment-là qu'ils sont les plus vulnérables à la surpêche. Nous voulons que les gens se rendent compte que les touladis s'y trouvent à cause des températures d'eau élevées. Nous ne devons pas les déranger », mentionne Susan Thompson, biologiste des pêches travaillant pour le gouvernement du Yukon. Pour plus de renseignements sur ce projet, vous pouvez communiquer avec Jody Mackenzie-Grieve à jody_mg@hotmail.com. |
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