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Il y a plus d'un million d'années, un minuscule campagnol est mort dans la région qui recouvre maintenant le sud du Yukon. Son corps s'est désséché en un squelette près d'un ancien ruisseau. À un certain moment, le ruisseau s'est répandu dans la tombe du minuscule rongeur, a rassemblé ses restes et les a entraîné au large.
Les restes sont passés inaperçus jusqu'en 1988, année où les géologistes Lionel Jackson et Brent Ward ont repéré un méli-mélo de fossiles d'animaux en explorant les observations paléontologiques d'anciennes activités volcaniques dans les vallées du fleuve Yukon et de la rivière Pelly, près de Fort Selkirk. M. Jackson et M. Ward étaient principalement intéressés à utiliser les couches de basalte volcanique, de cendre et de sédiment intermédiaire pour établir une chronologie géologique de la région de Fort Selkirk. Toutefois, les fossiles ont retenu l'attention de John Storer, le paléontologiste en titre du gouvernement du Yukon. M. Storer explique que en réalité, il a commencé à s'initier à la paléontologie avec des petits mammifères et qu'il a eu comme professeur l'expert en fossiles de rongeurs le plus reconnu au monde. « L'étude des petits mammifères s'avère très fructueuse », ajoute-t-il. La courte espérance de vie des petits mammifères signifie que les espèces changent et évoluent rapidement. Le suivi d'infimes changements dans les éléments comme les dents des campagnols permet aux paléontologistes de se représenter leur évolution au cours du temps et de la comparer aux résultats des fossiles dans d'autres emplacements. Il ne reste pas grand chose du campagnol mort il y a si longtemps, mais cela suffit pourtant à révéler une histoire qui entraîne des conséquences au-delà du Yukon. M. Storer a analysé les dimensions et les formes des minuscules dents qu'il a tamisées de l'argile à blocaux dans l'ancien lit et a identifié son propriétaire : le Microtus deceitensis. La première attestation vérifiée de ce campagnol des champs disparu le situait dans un dépôt de fossiles au cap Deceit, sur le rivage alaskien du détroit de Béring. L'étude de M. Storer ne s'est pas bornée à identifier cet ancien résident du Yukon. M. Storer a aussi réussi à circonscrire la période durant laquelle le petit campagnol des champs a vécu et à déduire des éléments sur ses conditions de vie. Déterminer la période nous ramène au travail de Lionel Jackson, le premier des deux géologistes à repérer le dépôt de fossiles. La région autour de Fort Selkirk comportait des volcans en activité et M. Jackson a utilisé les observations paléontologiques du volcanisme pour parvenir à dater les couches de roches et de sédiments. Le groupe de fossiles comportant les dents du campagnol a été trouvé dans une couche de poussière soulevée par le vent ou un loess, témoignant d'une présence glaciaire relativement proche dans le temps ou dans les alentours. Sous cette couche de poussière se trouvait une couche de basalte, une roche solidifiée crachée par un volcan autrefois actif. L'analyse du basalte lui attribue un âge de 1,8 million d'années. Au-dessus du groupe de fossiles se trouvait une couche de cendre volcanique appelée tephra de Fort Selkirk, le résultat d'une différente éruption volcanique. La date est évaluée à 1,48 million d'années. Donc, le groupe de fossiles est plus ancien que le tephra de Fort Selkirk et plus récent que le basalte sous-jacent ou entre 1,5 et 1,7 million d'années, approximativement, souligne M. Storer. Déterminer la datation du campagnol de Fort Selkirk permet également à M. Storer de suggérer celle du campagnol original du cap Deceit. De petites différences dans la structure des dents indiquent que le campagnol de Fort Selkirk est plus évolué et a donc vécu à une époque plus récente que le campagnol du cap Deceit. Le petit campagnol des champs n'était pas seul dans sa tombe à Fort Selkirk. Mélangés à ses restes et à plusieurs os de sa parenté se trouvaient ceux d'une douzaine d'autres espèces d'animaux, y compris des caribous, des chauves-souris, des lapins et des lemmings. En sachant où a vécu le campagnol, M. Storer a une idée de l'emplacement où les autres animaux ont vécu et la combinaison des espèces commence à lui donner une image des conditions de la période. M. Storer convient que c'est encore un tableau général. Les restes des animaux ont été déposés dans un méli-mélo, à une certaine distance d'où ils sont morts. Beaucoup de choses peuvent se passer entre le moment de la mort et du dépôt. Néanmois, M. Storer est satisfait de la quantité d'information extraite du dépôt. De plus, il y a un autre dépôt tout près. « Pour le moment, cela suffit pour continuer le travail, mais on pourra réaliser encore plus à l'autre emplacement. », mentionne-t-il. Pour plus de renseignements sur les animaux du Yukon d'autrefois, consultez le site Web du Centre d'interprétation de la Béringie du Yukon à www.beringia.com ou visitez le Centre. Pour des renseignements sur la paléontologie au Yukon, communiquez avec John Storer à john.storer@gov.yk.ca. |
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