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Le carcajou, véritable baromètre de milieux sauvages
 

Au cours des siècles, les carcajous ont acquis toute une réputation. Des naturalistes du XIXe siècle ont décrit les carcajous comme des « monstres sanguinaires de la forêt » et des « démons des bois ».

Les shamans des premières nations se tournaient vers le carcajou en tant que guérisseur spirituel à cause de la force et de la détermination de l'animal, mais le carcajou a aussi été considéré comme un ennemi acharné qui pénètre dans les cabanes et détruit les réserves de nourriture.

Les carcajous, qui sont les plus gros membres de la famille de la belette vivant sur terre, représentent des indicateurs d'écosystèmes sains (photo: Clint Long/The Wolverine Foundation, Inc.Même le nom scientifique des carcajous n'est pas très flatteur. Gulo gulo signifie glouton en latin.

Certaines personnes leur donnent le nom de « skunk bear » à cause des rayures jaune pâle le long de leurs flancs et de leur habitude de marquer leur nourriture et d'autres repères d'une odeur musquée.

Sur le plan biologique, les carcajous représentent les plus gros membres de la famille de la belette vivant sur terre et ils obtiennent maintenant beaucoup plus de respect de la part des personnes qui connaissent leur vraie place dans la nature. En réalité, plusieurs biologistes les considèrent comme l'un des meilleurs indicateurs possible du milieu sauvage intact.

Selon le COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada), les carcajous représentent aussi une espèce qui mérite une attention supplémentaire. Cet organisme indépendant d'experts de la faune surveille de près la situation des espèces considérées en danger de disparition.

En avril 2003, le COSEPAC a tenu son assemblée annuelle à Whitehorse et a analysé la situation des carcajous et de plus de 30 autres espèces du Canada. Brian Slough, biologiste de Whitehorse, a préparé le rapport de situation du COSEPAC sur les carcajous qui a été utilisé pour déterminer le niveau de danger de disparition de l'espèce.

Selon cette information, le COSEPAC a décidé de ne pas modifier le classement des carcajous, déterminé il y a 14 années déjà. La population de l'Est est toujours considérée en danger de disparition, tandis que la population de l'Ouest est considérée comme une situation préoccupante, ce qui signifie qu'elle est sensible aux activités humaines ou aux événements naturels.

M. Slough mentionne qu'il existe des préoccupations au sujet de la disparition des carcajous au Québec et au Labrador, ainsi que sur l'île de Vancouver. Les biologistes continuent toutefois d'espérer que des carcajous vivent encore dans ces régions.

Les populations de carcajous au Yukon et dans les autres régions du Nord sont considérées en bonne santé et le nombre de carcajous au territoire est évalué entre 3 500 et 4 000 animaux.

M. Slough souligne qu'il est difficile d'expliquer exactement pourquoi le nombre de carcajous a baissé dans certaines régions, mais il précise que cette espèce a besoin d'un milieu sauvage de grande superficie pour assurer sa survie. « Je pense que les carcajous représentent un indicateur d'écosystèmes intacts et de la santé de l'écosystème. Je pense que les carcajous représentent même un meilleur indicateur que les grizzlis, parce qu'ils se fient aux autres gros carnivores, tels que les loups et les ours, pour leur fournir de la charogne », ajoute-t-il.

On considère souvent les grizzlis comme une espèce supérieure, un carnivore au sommet de la chaîne alimentaire qui reflète la santé de l'ensemble de l'écosystème. La théorie veut que, si on maintient suffisamment d'habitat pour les grizzlis, les animaux occupant un rang inférieur dans la chaîne alimentaire devraient également bien se porter.

Les grizzlis sont omnivores et certains d'entre eux mangent principalement des baies et d'autres plantes, tandis que les carcajous préfèrent une nourriture composée de viande.

« Les carcajous occupent une place unique dans la nature. Ils sont à la fois prédateurs et charognards. Ils mangent presque n'importe quoi; des oiseaux, des écureuils et des petits mammifères. Ils peuvent même tuer un petit caribou ou un mouflon de Dall dans de bonnes circonstances », explique M. Slough.

En hiver, leur diète est généralement composée de charogne, particulièrement des carcasses d'orignaux et de caribous. Les biologistes spéculent que le nombre de carcajous peut avoir baissé dans certaines régions de leur domaine à cause du déclin des hardes de caribous.

Les carcajous sont vulnérables à plusieurs des mêmes raisons que les grizzlis. Leurs densités sont basses, les femelles ont de petites portées et ils ne se reproduisent pas chaque année. Les carcajous réagissent aussi aux perturbations de leurs milieux environnants.

La perte d'habitat n'est pas la seule menace pour les carcajous. M. Slough mentionne que même les activités récréatives comme la motoneige et le ski dans les aires de mise bas peuvent perturber les carcajous et les pousser à abandonner leurs petits.

Les carcajous parcourent de grandes distances durant leur recherche constante de nourriture et les adultes mâles peuvent avoir des domaines vitaux de plus de 1 000 km², tout comme les grizzlis. Le domaine des femelles est plus petit; il n'atteint que 100 km² pour les femelles avec des petits.

Tous ces déplacements font que les carcajous sont manifestement difficiles à repérer. Il est possible de vivre au Yukon pendant de nombreuses années sans jamais poser le regard sur l'un des ces prédateurs trapus. M. Slough souligne par contre qu'il a repéré beaucoup de carcajous et d'empreintes de carcajous dans le Nord.

« Je repère des empreintes sur les sentiers de ski de fond du mont McIntyre presque chaque hiver », mentionne-t-il. Il ajoute qu'il a aussi repéré des empreintes sur le champ de glace de Juneau, où ils se déplacent entre les affleurements rocheux pour y chasser et dans les régions alpines, où il est plus facile de les voir.

Les carcajous sont l'un des carnivores les moins étudiés en Amérique du Nord à cause de leurs façons évasives et une grande partie de l'information actuelle sur les carcajous provient des dossiers de piégeage. Les carcajous sont très prisés pour leur fourrure, car leurs jarres sont résistants au gel et sont souvent utilisés pour garnir les parkas.

Dans le cadre d'une étude pour Parcs Canada, M. Slough a aidé à repérer des empreintes de carcajous au parc historique national de la Piste Chilkoot l'hiver dernier. Il estime qu'environ trois à quatre carcajous utilisent le parc au moins à temps partiel.

Pour aller plus loin que l'étude des empreintes de carcajous, les coûts s'accumulent rapidement. M. Slough explique que l'usage des techniques comme le piégeage d'animal vivant, la pose de colliers émetteurs et la relocalisation radio par les airs est très coûteux.

Vous pouvez communiquer avec Brian Slough au 668-3295 ou par courriel à bslough@yknet.yk.ca. Pour plus de renseignements sur le COSEPAC, visitez le site Web à www.cosepac.gc.ca.

 

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